11.07.2009
La traversée de soi

Que l’on vive les lueurs désincarnées des nuits citadines,
Ou bien le silence assassin des îles,
Jusqu’à la rumeur minérale des roches,
Le seul lieu que l’on cherche à traverser c'est soi.
Nous sommes sans port, sans gare
Sans escale
Nomades de songe en songe
Nous sommes d’un lieu qui n’existe pas encore,
La vie.
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19.03.2009
La base est au sommet

A peine si je puis m’appliquer ici, dans un lointain que j’ai choisi, mais que je trouve encore trop à proximité des allées et venues des visages résignés à eux-mêmes et aux choses. Certes, il faut écrire des poèmes, tracer avec de l’encre silencieuse la fureur et les sanglots de notre humeur mortelle, mais tout ne doit pas se borner là. Ce serait dérisoirement insuffisant. Je te recommande la prudence, la distance. Méfie-toi des fourmis satisfaites. Prends garde à ceux qui s’affirment rassurés parce qu’ils pactisent. Ce n’est pas toujours facile d’être intelligent et muet, contenu et révolté. Tu le sais mieux que personne ; Regarde, en attendant, tourner les dernières roues sur la Sorgue. Mesure la longueur chantante de leur mousse. Calcule la résistance délabrée de leurs planches. Confie-toi à voix basse aux eaux sauvages que nous aimons. Ainsi tu seras préparé à la brutalité qui va commencer à s’afficher hardiment. Est-ce la porte de notre fin obscure, demandais-tu ? Non. Nous sommes dans l’inconcevable, mais avec des repères éblouissants…
René Char, Recherche de la base et du sommet.
Premier billet à Francis Curel (1941)
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