27.06.2008

L'investissement de ta voix

" Dans les broussailles du temps, ceux qui savent donner triomphent. Ce sont de véritables princes."

" Aimer est toujours mon possible imminent."

 

Bona Mangangu, Carnets d'ailleurs, L'Harmattan, 2008

11.05.2008

Hostile

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« Tant que je perçois le monde comme hostile, je lui reste lié : Je ne suis pas fou. »
Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux.

18.04.2008

...

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Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.
    Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.
    Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.

 

Aimé Césaire, Discours sur le Colonialisme (1950)

 

04.04.2008

Instances

      
C'est ainsi : je ne sais quelle instance en moi a décidé qu'il me fallait écrire, que je ne pouvais pas m'y dérober, et que dans le même temps, la littéraure m'était impossible, ou était impossible tout court, ou était dérisoire ou d'une outrecuidance grotesque ou crapuleuse, ou trop belle. C'est comme si je posais à la fois mon objet et ce qui le nie. Mon objet n'existe pas, mais c'est mon objet. Mon désir n'existe pas, mais c'est mon désir.

Pierre Michon, Le roi vient quand il veut : Propos sur la littérature.

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Je dois recommencer à m'habituer aux journées, la bouche fermée.
Je prends le livre ouvert à la pliure, je me remets à son rythme, à la respiration d'un autre qui raconte. Si moi aussi je suis un autre, c'est parce que les livres, plus que les années et les voyages, changent les hommes.
Après bien des pages on finit par apprendre une variante, un geste différent que celui commis et cru inévitable.
Je me détache de ce que je suis quand j'apprends à traiter la même vie d'une autre façon.

Erri de Luca, Trois Chevaux.

 

22.03.2008

L'horizon d'un homme à l'horizon de tous

“ Le seul abri possible c’est le monde entier
Vivre aujourd’hui pour moi c’est répondre aux énigmes
Et nier la douleur aveugle de naissance
... Vivre se perdre afin de retrouver les hommes. ”

Paul Eluard

 

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Sérénité

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“La sérenité ne peut être atteinte que par un esprit désespéré, et pour être désespéré, il faut avoir beaucoup aimé, et aimer encore le monde.”

Blaise Cendrars

 

                                                                                   

26.01.2008

Volées à l'aube

Parce qu'ils portent un regard neuf sur le monde. Comme mon regard, novice, maldadroit, fragile, dans l'objectif.
Parce que ça parle du début. Début de la lumière et de l'histoire. 

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L'enfance guettant le soleil dans un décors, cent fois plus grand que lui.
L'enfance prête à braver les univers, cent fois plus forte que le monde, l'univers, tous les décors.

e366ffcb4cf9c9ef70a6d657f368825c.jpgL'enfance et ses contrastes. Son rayonnement et sa solitude. Ses cheveux noirs et ses mains blanches. L'enfance, où tout fait déjà boucle. L'ombre avec l'ombre. La lumière avec la lumière. Le corps avec sa silhouette et la portée de sa présence partout dissimulée. Une féminité déjà parsemée dans ses yeux de biche. La naissance d'une pudeur. Et d'un dévoilement.

Le visage de l'enfance, comme et vers la rose. La modestie du don qui va de l'un à l'autre. Le reflet des fleurs aux lèvres des fillettes. Le monde rouge de l'imagination. La féérie d'un visage volé au temps.49c2ad9b158fbdce7a84a41c71abe097.jpg
L'enfance qui questionne le ciel, pour savoir si les roses seront toujours roses. L'aurore métaphysique. Les préfixes d'un langage de la finitude, de l'errance et de la quête.

 

L'enfance qui n'arrive pas à se cacher, derrière mains si petites, et innocence si grande. Le regard sans masque, la prunelle claire. Et le soleil, diffus, ébloui par la beauté du visage.
Les mains qui agrippent le monde. Et serrent la lumière dans leurs paumes.
Ainsi font les marionnettes et les petits garçons.

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Les âges de la vie qui marchent, main dans la main, vers l'horizon. Les mêmes couleurs, le même chemin, le même ciel. Comme des arbres, se mêlent à la terre, et laissent leur empreinte dans les paysages.

Parce que c'est vous, parce que c'est moi, parce que quiconque, peu importe, parce que c'est nous.
Parce que c'est eux.
Parce que j'avais envie de photographier l'aube...

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18.01.2008

L'homme qui écoutait à l'oreille des couleurs

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C'est une peinture qui ne nous donne que le jaillissement, le geste, la pudeur.
La couleur attend son regard pour prendre forme. Pour prendre corps.
C'est une oeuvre profondément humaine qui ne saurait se suffire d’elle-même et de son soliloque.
Une oeuvre encrée dans le partage, et qui se réalise en atteignant l'autre.

C'est une peinture de tous les continents et de tous les exils. L'orée d'un chemin universel. Pulpe du genre humain.
Sans plus de propriété que de patrie. Le lieu sans lieu de la liberté.
C'est une peinture de toutes les origines. D'une terre primaire unanimement convoitée.

Car il n'est pas homme à imposer. Il suggère. Il invite. Il formule. L'ultime inconnue d'une éternelle équation.
Pas un imposteur. Pas un maître à penser.
Non, un témoin de son regard.
Un monde à part parmi les plus émouvants.
Irruption diluvienne.
Songe pris sur le fait.
Sidération.

C'est une peinture sans âge. De toutes les attentes, de toutes les matières. Du sang, des chairs, des larmes et des océans. De tous les balbutiements.
Où la couleur cherche sa transparence. Ce point où la parole de l'oeuvre se confond avec le silence du monde.
Cette bonté des hypothèses, que l'on appelle Et si la beauté...

01.01.2008

Destin

" Si le destin est cet élan qui, provenu d’un autre lieu du monde que de soi, s’empare d’un être pour l’attirer à sa suite, sans qu’il en comprenne à aucun moment la nature, alors elle avait un destin. Elle en était consciente. Elle se dit : « Je ne sais pas où je vais mais j’y cours avec détermination. Quelque chose me manque où je sens que je vais aimer m’égarer. » 

 

Pascal Quignard, Villa Amalia p.109
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10.11.2007

Ces mondes du jour

Un seul jour et tant de mondes.

Celui de l'aube où le rêve n'est pas si loin de la faible lumière étirée par delà l'obscur, comme un corps attardé dans le songe. Elle baille la lumière, elle réveille doucement ses ombres, agrandit délicatement ses arbres, mère porteuse des saisons rouges. A cette heure la matière, lentement mue, retrouve des formes à modeler. Quelque chose d’un monde renaissant à chaque monde.

Celui de l'homme dans l'aube, à la merci de cette lumière. Il court, roule, sillonne, l'homme. Il n'a pas le temps de l'ombre, il n'a pas le temps de la matière. Il occupe ses heures à les brûler. Il habite une époque, une ruelle, une mode. Il ploie sans cueillir les fleurs. Se redresse sans s'évader dans le dessin des nuages.

Celui d'un vieillard au zénith de l'asphalte. Quelques morceaux de solitude inconsolables. Rien qui ne fasse lien. Rien qui ne soude. Seul un jeu cruel qui répand l'image d'histoires d'amour défaites, de pages remplies de vent, de rêves dont on n'atteint pas la hauteur, d'adieux que l'on n'a pas su dire à temps. Au temps. Pourtant, deux bras deux jambes, droite allure. Si seulement l’homme ne boitait pas de toutes ses  vies....

Celui d'une silhouette crépusculaire qui a passé le jour à limer son regard pour le soir venu, tenter de dire. La lumière, une vie en puzzle d'instants. L'être dispersé de tous ses bouts de papiers sur la table d'écriture. Des déchirures qui font le tissu d'imaginaire. Une femme nue à la sérénité bleue, couchée sur un lit de lierre, un livre posé au côté de sa hanche. Une femme qui attend la lumière et la matière jusqu'au jeu cruel de l'asphalte. Et refuse de brûler ce temps quitte à s'y consumer, cire d'écrire.

Les jours ont abrégé leur lumière. Réduit encore un peu plus les heures.
Demain, il faudra se battre contre l'hiver, sa nuit, son condensé, pour faire une place au temps, sans quoi nous mourrons dès l'aube sans nous en apercevoir.
Tant de mondes dans un seul jour...

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