06.11.2009
Rien de lumière

"Il y a toujours une chose qu'on ne jette dans aucun cas. Ce n'est pas nécessairement une chose. Ce peut-être une lumière, une attente, un seul nom. Ce peut être une tache sur un mur, un arbre à la fenêtre ou même une heure particulière du jour. C'est une chose dont on s'éprend sans raison, sans besoin. C'est une fidélité silencieuse à ce qui passe et demeure. C'est un amour taciturne, immobile : il se dépose au fond de l'âme comme au fond d'un creuset. Il y laisse un rien de lumière, une poussière de ciel bleu."
Christian Bobin, La part manquante. p. 57
14:39 Publié dans Princes des nuées | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
04.09.2009
Retour

"Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux.
Un moment nous serons l’équipage de cette flotte composée d’unités rétives, et le temps d’un grain, son amiral.
Puis le large la reprendra, nous laissant à nos torrents limoneux et à nos barbelés givrés."
René Char, Sept saisis par l’hiver.
13:49 Publié dans Princes des nuées | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
21.08.2009
Exîle

Et si une épitaphe devait être mon histoire,
J'en aurais une courte prête pour moi.
J'aurais écrit sur ma pierre :
J'ai eu une querelle d'amour avec le monde.
Robert Frost.
11:55 Publié dans Princes des nuées | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
01.08.2009
Ce soir un autre âge

C'est peut-être de simples ruines, c'est peut-être les ruines d'une folie. J'ai tellement changé de refuge, au cours de ma déroute, que me voilà confondant antres et décombres.
(...)
Car il me faut ce soir un autre âge; que devienne un autre âge, celui où je devins ce que je fus.
Samuel Beckett, Le Calmant, Nouvelles et textes pour rien.
17:25 Publié dans Princes des nuées | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.07.2009
La vérité de la voix

Comment c’est, un écrivain, dans votre tête : étrange à dire, mais ce n’est pas d’abord lié à l’écriture. Un écrivain c’est quelqu’un qui se bat avec l’ange de sa solitude et de sa vérité. Une lutte confuse, sans nette conclusion. Un combat de rue, une empoignade entre voyous, des plumes qui volent dans tous les sens et parfois, comme dans tout affrontement, un instant de trêve. Un livre parfois. (…) Ce n’est pas l’encre qui fait l’écriture, c’est la voix, la vérité de la voix, l’hémorragie de vérité au ventre de la voix. Est écrivain toute personne qui ne suit que la vérité de ce qu’elle est, sans jamais s’appuyer sur autre chose que sur la misère et la solitude de cette vérité. Dans ce sens, les enfants et les amoureuses sont des écrivains nés.
Christian Bobin, L'inespérée.
11:00 Publié dans Princes des nuées | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
10.07.2009
Désert
« Pour s’éprendre d’une femme, il faut qu’il y ait en elle un désert, une absence, quelque chose qui appelle la tourmente, la jouissance. Une zone de vie non entamée dans sa vie, une terre non brûlée, ignorée d’elle-même comme de vous. »
Christian Bobin, La part manquante.
« Ce livre est l’histoire d’un amour non avoué entre des gens qui sont empêchés de dire qu’ils s’aiment par une force qu’ils ignorent. Et qui s’aiment. Ca n’est pas clair. Ca ne peut pas se déclarer. Ca fuit tout le temps. C’est impuissant. Et pourtant c’est là. Dans une confusion qu’ils ont en commun qui leur est personnelle et qui est l’identité de leur sentiment. Est-ce qu’ils aperçoivent quelque chose de ce qui se passe entre eux et qui les lie ? Je ne sais pas. Ils savent plus que les autres dans le sens du silence à faire sur l’amour mais ils ne savent le vivre. Ils vivent à la place une autre histoire comme s’ils étaient d’autres gens. »
Marguerite Duras, La Vie matérielle.
« Peut-être que le monde est une blessure et quelqu’un en ce moment la recoud, avec ces deux corps qui s’emmêlent. »
Alessandro Baricco, Océan mer.
09:54 Publié dans Princes des nuées | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
10.06.2009
Lui dire

Comment le lui dire, à cette femme, que tu le voudrais bien, être sauvé, et plus encore la sauver, elle, avec toi, et ne plus faire que ça, la sauver, et te sauver toi aussi, la vie entière...
Comment le lui dire, à cet homme-là, que c’est moi à présent qui voudrais lui apprendre quelque chose, et lui faire comprendre, entre ses caresses, que le destin n’est pas une chaîne mais un envol, et que si seulement il avait encore envie de vivre il pourrait voler…
Alessandro Baricco, Océan mer
17:30 Publié dans Princes des nuées | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
03.06.2009
Un amour, quelqu'un

Aujourd’hui encore, tous racontent ce voyage. Chacun à sa manière. Tous, sans l’avoir jamais vu. Peu importe. Ils ne cesseront jamais de le raconter. Pour que personne ne puisse oublier combien ce serait beau si, pour chaque mer qui nous attend, il y avait un fleuve, pour nous. Et quelqu’un – un père, un amour, quelqu’un – capable de nous prendre par la main et de trouver ce fleuve – l’imaginer, l’inventer – et nous poser dans son courant, avec la légèreté de ce seul mot, adieu. Ce serait merveilleux, vraiment. Elle serait douce, la vie, n’importe quelle vie. Et les choses ne feraient pas mal mais s’approcheraient, portées par le courant, on pourrait d’abord les frôler puis les toucher et seulement à la fin se laisser toucher par elles. Se laisser blesser même. En mourir. Peu importe. Mais tout serait, finalement humain. Il suffirait de l’imagination de quelqu’un – un père, un amour, quelqu’un. Lui, il saurait en inventer une, de route, ici, au milieu de ce silence, sur cette terre qui ne veut pas parler. Route clémente et belle. Une route d’ici jusqu’à la mer.
Alessandro Baricco, Océan mer.
12:20 Publié dans Princes des nuées | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.06.2009
La musique

C’est la musique qui est difficile, voilà la vérité, c’est la musique qui est difficile à trouver, pour se dire les choses, quand on est si proches l’un de l’autre, la musique et les gestes, pour dissoudre le chagrin, quand il n’y a vraiment plus rien à faire, la juste musique, pour que ce soit une danse, un peu, et non pas un arrachement, de partir, de se laisser glisser loin de l’autre, vers la vie et loin de la vie, étrange pendule de l’âme, salvateur et assassin, si on savait danser cette chose-là, elle ferait moins de mal, et c’est pourquoi les amants, tous, cherchent cette musique, à ce moment là, à l’intérieur des mots, sur la poussière des gestes ; et ils savent que, s’ils en avaient le courage, seul le silence pourrait être cette musique, musique exacte, un vaste silence amoureux, clairière de l’adieu, lac fatigué qui s’écoule enfin dans la paume d’une petite mélodie, connue depuis toujours, à chanter à mi-voix.
Alessandro Baricco, Océan mer.
09:20 Publié dans Princes des nuées | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
28.05.2009
Clair de femme

Lorsqu'on a aimé une femme de tous ses yeux, de tous ses matins, de toutes les forêts, champs, sources et oiseaux, on sait qu'on ne l'a pas encore aimée assez et que le monde n'est qu'un commencement de tout ce qui vous reste à faire.
Romain Gary, Clair de femme.
09:31 Publié dans Princes des nuées | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note


