27.06.2007

A quai

L’horizon est le regard de l'attente resté à quai. Trace de devenir dans l’empreinte d’hier.
Chaque aube y est une nuit qui meurt. Chaque nouveau jour le dernier du condamné.
L’horizon, ce point de vue de dupe.

 

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24.06.2007

Passer par soi

L’homme est ainsi fait que quand le sens lui échappe, il s’acharne à le démolir. Que quand l’autre l’égare, il soit tenté de faire de même.
Comprendre… qu’on n’a aucune chance d’être utile à l’autre sans passer par soi. Mais qu’on ne peut l’aider sans s’oublier. Qu’on n’a aucun espoir de le rencontrer sans accepter de se perdre, un peu.

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Alors. Avoir le courage de ses lâchetés. Affubler le hasard d’un drôle de diadème.
Plonger, mains nues dans la blessure, à profondeur d’invivable, pour y rejoindre, les armatures de l’humanité.
Croire… que le monde à recréer sera pire ou meilleur est une forme de démission. Un discrédit de soi. Espérer… qu’il se contente d’être humain est une vocation. La mise en acte d'amour.

Rumeurs

Je crois que …
Le passage obligé du connaître est d’ignorer.
Que les choses commencent à être quand on s’aperçoit de ce qu’elles ne sont pas.
Il faut du silence, entre les pierres, pour qu’elles bâtissent l’histoire.
Des correspondances.
Des rumeurs qui vont et viennent, amazones sur l’encolure du vent.
Des rumeurs qui vont et viennent, des vies, des hommes.
                                                   

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09.06.2007

Vies

26c7829ce2f1f796645b61d55ade674c.jpgParler de vie n’a pas de sens. Il n’y a que l’instant.

Parler de l’autre n’a pas de sens. Il n’y a que soi.
Penser à soi n’a pas de sens. Il n’y a que l’autre.
On écrit avec les mots des autres. On se tait dans le silence des autres.
La solitude n’existe que pour se souvenir des peuples en nous.

****

La vie … On en reste toujours poumons pleins et mains vides.
On n’occupe que le lieu que l’on quitte.
Assoire ce mouvement qui nous fige.
Sans cesse, négocier sa place, entre l’oasis et le désert, toujours recréer, les mots, un coin de terre entre dune et océan.

****

Il n’y a que le mouvement de l’écume, les allers retours de son chant contre le silence, qui fasse entendre le son de l’écriture.
Le mot est un voilier, sur la page blanche de nos histoires.
L’écriture, l'imprononçable.

****

Les mots sont intouchables.
Les mots s’échappent de l’aveu, comme l’écriture de la parole.
Ils abreuvent le fond de l’air. Gratuits. Vains.
Je ne suis pas sure, qu’au jour où j’aurai accepté l’écriture, je conserve l’espoir d’écrire le moindre mot.

08.06.2007

A B.



(Note.
L’aveu est un territoire.
Et dire que ce n’est pas une métaphore.)

04.05.2007

18h15

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Il entre. Le métro est bondé. Des hommes et des femmes perdus dans leur fatigue, vaincus par leur ennui, regardent leur manque de désir par-dessus l’épaule de ceux qui ont faim.
Lui, on ne voit que lui, son pardessus râpé, ses tempes creuses, sa joue égratignée. Le vent, la soif, l’humanité se sont fait les dents sur lui. Tout le monde le sait, chacun le fuit. Il est la cicatrice d’une empathie paralysée. Plaie béante d’un cartel cannibale. La foule l’exclut de sa course, de ses trottoirs, de sa lucidité. (Qui menace le rêve, met en péril l’humain.) Il est calme au départ, essaie de vendre ses journaux. Soudain, la colère, le refus, la révolte. (On a connu la gêne, profonde, sincère, nerveuse, de demander à tel ami un jour, sans nommer la chose, juste un prêt, quelques mois, on ne pouvait pas faire autrement.) L’orgueil en vrac est en danger. (On en garde le souvenir le plus cruel qui soit, fade, une promesse de plus jamais.) Des dizaines de visages l’évitent. (Peut-on seulement imaginer, l’éternité de l’instant, cent fois par jour, implorer l’inconnu, supplier l’écho, demander à l’étranger de faire comme si quelque chose s’y justifiait, comme si vous aviez une histoire commune, comme si l’humanité peut-être.) Un passant lui parle de courage. L’homme lui demande, si c’est avec son courage que lui a à se lever chaque matin. Si c’est avec son courage qu’il va gagner son pain, si c’est avec son courage, qu’il vit chaque seconde sa vie d’humble. Il dit qu’une vie de courageux est une survie, une vie vide. Il y a dix ans qu’il est là. Avant, il était comme nous, loin du courage. Aujourd’hui, dix heures de prières et d’égo torturé, dix heures pour cinq euros. Il insulte les gouvernements et il a raison de le faire. Il borcarde l’indifférence et il est en droit de jurer. Il pleure les épaules ballantes de ceux qui ont faim.

03.05.2007

22h18

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Un homme erre dans ses souvenirs, se perd dans les rues de son enfance, revisite ses lieux, cette vieille bâtisse en lui qu’il croyait avoir enfouie, ce pays des origines qui vous reconquiert en un clin d’œil. La mémoire entonne l’adagio des feuilles mortes, le film sur les pavés le film noir et blanc, quand on se retrouve un peu charly chaplin, un peu poète enfant, infiniment petit, infiniment vivant. Mélancolie sereine. L’homme erre dans ses souvenirs, il gagne des calots sous le porche de cette cour, il écrit ses premiers vers sur la proue d’un square, tremble d'un nouveau jour devant une femme. Ce n’est qu’aux bras de sa vieillesse, qu’on comprend l’enfant. Ce n’est qu’aux bras du déclin qu’on s’arme de vie. Il est dans un final, les vibrations implorent, les instruments se rejoignent, le monde explose. Chaque jour, il avait cru être loin de cette ville, libre, détaché des lieux humains, chaque jour, il rejoignait en silence, ce brin d’homme qui gagne des calots, sur le dos du rêve et de la mort.

02.05.2007

8h34

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Il est de ces moments, intimes et troublants, où décidément non, on ne sait pas plus ce que l’on quitte que ce que l’on retrouve. L’instant d’avant paraît flou à celui qui le convoque. Incertain réel. Quand il n’est plus mémoire et pas encore oubli.
Pour peu qu’on fouille, pour peu qu’on range la chambre à visions où le voyageur dévisage sa liberté, pour peu qu’on fasse parler ses pertes, on apprend.

 


Les hypothèses d’hier sont les doutes d’aujourd’hui.
J’étreins dans l’oubli les renoncements de demain.