21.11.2009

Que je m'explique

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Il faudra que je m’explique, un jour, cet empressement à tout gâcher, cette envie d’en découdre avec le rêve. Il faudra que je m’explique un jour, cette capacité à en rester là, de soi, du monde, et de l’horizon. A en rester là de sa carcasse, à vendre la peau du réel avant de l’avoir tué. Les hommes et les femmes ne se donnent pas une chance de parvenir. C’est ainsi qu’ils sont hommes et femmes, à gober le désir qu’ils ont devant eux, comme on parcours un chemin en oubliant de courir après les nuages. C’est ainsi qu’ils sont, sans cesse revenus dans la plaie qui les fera disparaître.

Il faudra que je m’explique… pourquoi l’instant d’après est forcément de trop. Comment nous devenons la défaite d’une guerre où les soldats avaient à la cartouchière, des mots d’amour et des pavés. Comment le rêve n’est plus à rebâtir. Encore. Sans cesse...

Il faudra que je t’explique… qu’au bout du voyage, il y a la main de sable qui tend son silence, la nudité limpide de nos orgueils d’argile. Qu’il y a des îles portées par l’écume sauvage de ta voix d'ocre fragile. Qu’au bout, se suspend le temps de dire et de nier. Que les mots se chahutent dans les roulis que ma langue porte jusqu’à ce poème.

Il faudra que je t’explique…qu’aimer, c’est se donner au monde. Admettre de s’y rendre et de s’y perdre. Je n’abrègerai pas les jours, il y a trop à y résoudre, des lunes et des nuits, des hivers à pâlir encore ,sous la neige d’un autre âge, des souvenirs à se fabriquer, pour le vae soli des soirs d’automne. Si je pleure c’est d’aimer, le sang du ciel sur l’horizon. Si je meurs c’est après l’émotion, et  d’avoir vécu avec le monde, la vie, la foule, le globe, et les dunes. Grands ouverts, mes yeux m’inondent, et si je meurs c’est après la lune.

 

11.11.2009

Jusqu'à la fin

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Je crois bien que jusqu’à la fin, tout demeurera insensé. Plié, froissé, cacheté.

Le monde n’est pas fait pour être compris. Il est là, à s’interroger avec nous, à s’interroger en nous.

Comme un enfant porté sans terme, comme une étoile réchauffée de ta main sur la mappemonde de mon ventre.

 

Tout revient, les feuilles mortes et les éclats de soleil, l’abîme de nos espoirs, la marée de tes rires.

La splendeur silencieuse de nos incertitudes.

Rien qui ne naît, rien qui ne meurt, tout qui respire, dans l’alcôve brûlante de nos histoires.

 

Je crois bien que jusqu’à la fin, tout demeurera vivant, et qu’être en vie consiste à apprivoiser l’idée qu’on se fait de la mort.

A ne pas réfléchir ce lieu sale, hideux, blafard… à ne pas lui céder une place dans notre horizon… courrons le risque de lui céder nos jours.

Le narrateur est à l’œuvre ce que la mort est à la vie, la voix indispensable, lointaine, transparente, sans laquelle nous ne serions ni hommes, ni livres, ni rêves.

 

Je crois bien que peut-être, à la fin seulement, scaphandriers de la dernière heure, nous trouverons le caillou, la pierre de lune, le saphir, qui expliquera le chemin.

En attendant, continuons d’arpenter. Les nuages, l’écume et le chant des oiseaux.

 

Nous sommes les passagers d’une autre errance, les rôdeurs d’un autre amour.

Nous traduirons demain ce que nos paumes avaient à dire.

Les lignes de nos vies, quand nos peaux seront transparentes au soleil de nos jours.

Tout ce qui demeure encore à écrire.

18.10.2009

Des racines à l’envol

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Il faut quitter les apparences. Ici et ailleurs. Les miroirs, les semblants d’images, les icônes mêlées de brouillard. Il faut que je quitte ces lieux morts de mon être, ces landes du souvenir où s’encre mon déracinement. Vivre les êtres et les mots pour ce qu’ils sont, non pour ce qu’ils font paraître.

Aller à la rencontre comme on vient à la vie : nus, offerts, vierges de tout soupçon.

 

Chacun son port de tête, sa manière de poser son regard. Moi c’est, dans les nuages, présente à l’appel des oiseaux. Il en est d’autres, les yeux au sol, à mesurer ce que l’humain sème de souvenirs.

Chacun de la même sève, des racines à l’envol de l’être, pour étreindre sa part de monde...

 

 

Ce qui nous ronge est l’éternelle misère de nos questions.

Ces lois sans foi. Ces rois sans fous. Ces toi sans moi.

Ces errances au creux de soi, que l’on ne parvient plus à loger.

Ces gens que je suis sensée aider car ils sont sensés être fragiles et qui me semblent parfois tellement plus forts que moi… des êtres qui relèvent chaque jour le défi de vivre… et auxquels je dois donner des métaphores, des paysages et des espoirs.

Des êtres auxquels je me dois de léguer un peu de mon patrimoine d’amour  pour qu’ils restaurent leur part de vivre.

 

L’un d’eux cette semaine, d’une voie claire et sans effet de style, m’a confié « avoir grandi seul, sur les remords du monde, à regarder passer les hommes. »

C’est ainsi me disais-je que doivent mûrir mes mots.

Au plus proche de l’âme démasquée.

 

 

  

Et puis, j’ai beau faire, j’ai beau tenter l’effacement, la fuite, l’imperfection avouée de ce qui bat dans ma poitrine, j’ai beau me maquiller d’indifférence, l’Autre me rejoint malgré moi, à l’étoile qu’il dépose dans mon regard. Cette pâte d’oie, témoin de l’ère de mes amours.

Je suis d’un repli qui te dit Viens…

 

Sise dans un égarement sans attente. Rêveuse aux ondulations du temps sous les paupières du jour. Egarée,  ambulante, fugitive.

Rien qu’un souffle passager,

Seule,

Sur les rebords du monde,

A regarder passer les hommes.

 

11.10.2009

Deux heures et des poussières

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A constater l'ampleur du vide et du silence... à nous voir manquer, et fléchir, nous abîmer. A éprouver nos attentes jamais comblées, nos espoirs trompés, nos ombres trahies de lumière.

On se demande toujours où ça va, tout ça. Le défilé des heures, pourquoi ? Le germe des crépuscules, comment ? Et avec quelle ration de doutes appréhender l'histoire? Quand nous avons pour provisions, des souvenirs que nous ne savons plus lire et ces quelques sillons semant nos trames au coin des yeux teintés de ciel.

 

A nous reprendre et à goûter la sève des rencontres qui chaque jour ajoute aux rameaux de nos êtres. A battre de plus en plus vite, à cogner, là au creux de soi, le pouls d'une destinée quand nous n'avons que l'âge de nos hasards.

 

A nous composer de rêves et d'appas. Quand dans tes yeux, j'ai vu des mirages. Quand à tes lèvres, j'ai tenté l'impossible. Quand tout toi m'éternisait.

Parce qu’il est un moment où le corps de l’autre fait exister le notre un peu plus. Où disant oui à ce rêve on dit oui à tous les rêves du monde. Ceux des errants, ceux des nomades et ceux des désespérés. On s’en souvient. On a frémi, on a tremblé, et puis on a souri. Quelque chose du temps des hommes s’est arrêté.

 

A murmurer. A écrire. A s’enlacer. A choisir. A s’éprendre. A repenser l’amour : cette part d’âme rescapée de notre solitude.

 

Deux heures et des poussières.

A contempler la nuit emmêlée de lune, et mes yeux parmi des kyrielles,

A choisir de vivre par utopie.

 

 

04.10.2009

La présence humble

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A offrir, nous n’avons que des gestes et des mots.
Des restes de peau et de langage.
Voilà l’infime empire porté au creux des chairs humaines.

Plus près du soleil, le sommet de notre impuissance nous apprendra à respirer plus grand.
L’érosion du ciel rappellera nos plaies.
Rester debout, même abîmé, c’est encore accepter de vivre.

Il n’y a que l’humilité des montagnes, de l’art, ou des océans pour nous consoler de notre insolence.
L’hypothèse poétique pour preuve d’une aventure commune.
L’austère beauté qui nous apprend à mourir sans renoncer.

Nous oeuvrerons de nos faiblesses pour bâtir l’invincible.
Nous reprendrons là où nous les avions oubliées, nos âmes mitoyennes.


                                                                                 (...)

La terre que nous aimons est la même qui nous enfouit.
Réversible désir.
Pour autant rien n’est inconsolable.
Sinon la guerre, sinon la barbarie.
Ce par quoi nous abolissons ce qui nous rassemble.
Avec le meurtre et l’indifférence pour dernière lâchetés.

Pourfendeurs, brigands, assassins de leur propre lignée.
Oublieux du songe qui les a fait naître.
Conquérants d’hier, notables d’aujourd’hui, sciez la branche de votre propre squelette.
Bientôt vous serez sans sève, sans grâce et sans racine.
Possesseurs d’aucune quête.

Et nous vous abandonnerons l’orgueil même de vous en avoir averti…

 

28.09.2009

La presque sauve

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Et tu restes là, à tourner en rond comme un lion dans la cage de ton absence. Tu voudrais rugir, tu voudrais te cabrer, accrocher tes griffes au voile de la nuit jusqu’à en déchirer le ciel, jusqu’à en déchirer l’histoire.

 

Il est parti. Un beau soir, il a tourné les talons, claqué la porte et pris le premier train. Il est parti. C’était écrit, mais tu ne voulais pas savoir lire. Dès le premier baiser, il était déjà loin. Muré dans sa mémoire, assiégé, fini, en avance sur la mort. Sourd au pouls qui tremble en chaque chose.

 

Et tu continues de tourner dans l’éternel retour de sa pénombre. Même l’aube a des allures de nuit, un je ne sais quoi d’insoutenable, une lumière aveuglante, une naissance où il fait déjà froid, une vie qui feint d’être viable. Tu te confonds dans la ressemblance des heures, tu te perds dans la sournoiserie du temps des hommes, tu le sais toi dont les griffes veulent décrocher la lune, que la perte n’a pas de durée, que le manque est sans horloge.

 

Pourtant, il était là, chaque heure de chaque jour, quelques centaines de semaines, et milliers de tours de cadrans, à t’attendre ou te rejoindre quelque part, à tracer ensemble quelque chose d’un chemin. Et soudain, plus rien, pas une voix, pas un souffle, pas une empreinte, plus un coin de ciel où se retrouver

Tu voudrais sortir, faire la femme forte, la fière, l’invincible, tu voudrais pleurer un bon coup et sauter sur l’élan de libertés qui s’offre à toi, effleurer ces gens qui s’accolent quand ils sentent la douleur proche, ces gens qui flairent votre manque comme de vieux chiens leur os…

 

Mais tu restes là, à lui parler en rond, vingt fois par jour, tu lui adresses des lettres, des mots, des paroles, tout l’indéchiffrable de ton silence. Tu lui parles, comme avant… un avant qu’il a a laissé si loin qu’on le dirait enfui depuis des siècles, mais un avant qui n’est qu’un avant-hier…

Comment peut-on écrouler ainsi un monde, prêtant au labeur les mains dont le but était de le bâtir?

 

Et partout l’absence a semé les traces de sa constance. Empêchant la jachère des songes où tu voudrais l’oublier. Ces verres dans l’évier que tu laisses comme des preuves… ces verres encore marqués de ses doigts, ces verres encore écrits de ses lèvres. Sa valise, son rasoir, son pardessus râpé, ses disques, ses mégots ressuscités sous la caresse de tes doigts.

Tous ces témoins de vous  par lesquels tu respires… Et espère encore continuer de vivre.

 

Archéologue du manque, tu te jettes à corps perdu dans tous les gouffres de l’absence et t’accroches au vide jusqu'à explorer les moindres recoins de ses insuffisances.

Tu cherches… dans les draps, le pli oublié de vos étreintes ; sous tes paupières le chant exilé de son rire, sur ta peau l’empreinte pourpre de son parfum.

 

Et tu commences à comprendre, dans tes pas qui tournent, dans tes souvenirs en rond, que l’amour est sans visage, que l’histoire survit aux êtres, que ça n’était qu’étoile, quand tu lui sacrifiais planète…

Dont la lumière elle, est sans absence, ni talons tournés, ni porte claquée, ni crépuscule.

Ta planète.

 

 

Et je suis là, inapte à apaiser ta peur.

Et dans ton attente, et dans ton chagrin, me retrouve, intacte,

 

A te pleurer comme si c’était hier,

Comme si c’était à n’en plus finir,

Comme si c’était à n’en plus vieillir,

Nous deux.

 

  

 

A ma petite feuille du suet.

 

22.09.2009

Nos ailes d'anges

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Il y a du jeu entre les désirs, de l’espace, une place à prendre qui n’existe pas. Des morceaux d’êtres éparpillés sur la toile du monde, des bribes de temps, des tranches de cœur, l’humanité discontinue de nos substances.

Chacun est là, à essayer de combler sa part manquante, quand partout autour de la plaie, inconsolables, débordent les solitudes.

 

Je n’ai jamais écrit que pour ça, donner du poids aux heures, une matière à nos ailes d’anges.

Traverser le silence jusqu’à cet endroit précis, fébrile, où dans les mots, où dans l’amour, où dans l’enfance, vivre est possible.

 

16.09.2009

Candeur

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J’ai voulu tout savoir, tout comprendre, les moindres recoins de nos âmes, des traités, des histoires, laissais aux autres le soin de me dire le monde, abandonnais ma voix à la transparence des rumeurs. J’ai voulu tout savoir des livres jusqu’aux hommes. Les odeurs, les émotions, le moindre recoin des cœurs et des peaux, les regards, les peurs, les colères, les baisers, l’âme du jour de la caresse de l’aube à l’éprouvé du crépuscule, le dessin, la musique, ce secret logé en chaque œuvre du monde.

 

Pourtant, soudain surprise par l'évidence : il n’y a que l’ignorance pour nous tenir debout.

 

Comme une absence en soi qu’il s’agit de peupler…

Cette petite place de silence, où viennent danser quelques sourires, et s’embrasser nos ombres frileuses. Les nuits d’orages enlacées de rêves, quand nous pleurions la mer dans nos étreintes, et que tes bras, clos sur les miens, se foutant du bien, se foutant des codes et de la mort, faisaient de l’instant l’immortalité de notre étonnement.

Les tremblements des corps émus de s’apprendre, la conquête du souffle, les regards qui se caressent bien avant les peaux, ce désir qui change l’infime en inoubliable.

 

Comme les bateaux, petites barques de mémoire, nous continuons de flotter à l’horizon. Surpris, ignorants, éblouis. Nous laissons derrières nous des traces, des sillons et des espoirs enfouis dans tous nos ports, la pulpe de quelques averses et la lumière de quelques aubes.

 

Car soudain, surprise, ignorante, éblouie,

Je scrute le large

Le fragile équilibre des flots

Sans y voir la moindre contradiction.

07.09.2009

Baiser

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On construit l'amour comme on roule un baiser :
lentement, sous la langue, sous les doigts,
dans l'ampleur d'être deux
mêlés de sueur et de doutes.

Pris,
dans l'entrelacement des routes
et le silence des sans aveux.

 

18.08.2009

Emotion

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Rien ne me fera reculer devant l'appel d'une émotion. Voilà qui fait peur et qui construit. L'impalpable pouls de l'émotion, devant laquelle se retrouver toute petite, aussi frêle qu'une feuille d'automne peinant à se détacher de son rameau. Fragile comme un serment, servile comme un amour.

Alors, rien qui ne puisse l'arrêter...
Le désir se lève et s'emmêle, les  corps ont cette légèreté du vent qui tombe sur la grève, le bonheur se réduit à sa plus simple équation :

sans avenir ni mémoire,
du temps arraché aux cadrans,
composé désormais de nos sèves.

 

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