18.10.2009
Des racines à l’envol

Il faut quitter les apparences. Ici et ailleurs. Les miroirs, les semblants d’images, les icônes mêlées de brouillard. Il faut que je quitte ces lieux morts de mon être, ces landes du souvenir où s’encre mon déracinement. Vivre les êtres et les mots pour ce qu’ils sont, non pour ce qu’ils font paraître.
Aller à la rencontre comme on vient à la vie : nus, offerts, vierges de tout soupçon.
Chacun son port de tête, sa manière de poser son regard. Moi c’est, dans les nuages, présente à l’appel des oiseaux. Il en est d’autres, les yeux au sol, à mesurer ce que l’humain sème de souvenirs.
Chacun de la même sève, des racines à l’envol de l’être, pour étreindre sa part de monde...
Ce qui nous ronge est l’éternelle misère de nos questions.
Ces lois sans foi. Ces rois sans fous. Ces toi sans moi.
Ces errances au creux de soi, que l’on ne parvient plus à loger.
Ces gens que je suis sensée aider car ils sont sensés être fragiles et qui me semblent parfois tellement plus forts que moi… des êtres qui relèvent chaque jour le défi de vivre… et auxquels je dois donner des métaphores, des paysages et des espoirs.
Des êtres auxquels je me dois de léguer un peu de mon patrimoine d’amour pour qu’ils restaurent leur part de vivre.
L’un d’eux cette semaine, d’une voie claire et sans effet de style, m’a confié « avoir grandi seul, sur les remords du monde, à regarder passer les hommes. »
C’est ainsi me disais-je que doivent mûrir mes mots.
Au plus proche de l’âme démasquée.
Et puis, j’ai beau faire, j’ai beau tenter l’effacement, la fuite, l’imperfection avouée de ce qui bat dans ma poitrine, j’ai beau me maquiller d’indifférence, l’Autre me rejoint malgré moi, à l’étoile qu’il dépose dans mon regard. Cette pâte d’oie, témoin de l’ère de mes amours.
Je suis d’un repli qui te dit Viens…
Sise dans un égarement sans attente. Rêveuse aux ondulations du temps sous les paupières du jour. Egarée, ambulante, fugitive.
Rien qu’un souffle passager,
Seule,
Sur les rebords du monde,
A regarder passer les hommes.
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11.10.2009
Deux heures et des poussières

A constater l'ampleur du vide et du silence... à nous voir manquer, et fléchir, nous abîmer. A éprouver nos attentes jamais comblées, nos espoirs trompés, nos ombres trahies de lumière.
On se demande toujours où ça va, tout ça. Le défilé des heures, pourquoi ? Le germe des crépuscules, comment ? Et avec quelle ration de doutes appréhender l'histoire? Quand nous avons pour provisions, des souvenirs que nous ne savons plus lire et ces quelques sillons semant nos trames au coin des yeux teintés de ciel.
A nous reprendre et à goûter la sève des rencontres qui chaque jour ajoute aux rameaux de nos êtres. A battre de plus en plus vite, à cogner, là au creux de soi, le pouls d'une destinée quand nous n'avons que l'âge de nos hasards.
A nous composer de rêves et d'appas. Quand dans tes yeux, j'ai vu des mirages. Quand à tes lèvres, j'ai tenté l'impossible. Quand tout toi m'éternisait.
Parce qu’il est un moment où le corps de l’autre fait exister le notre un peu plus. Où disant oui à ce rêve on dit oui à tous les rêves du monde. Ceux des errants, ceux des nomades et ceux des désespérés. On s’en souvient. On a frémi, on a tremblé, et puis on a souri. Quelque chose du temps des hommes s’est arrêté.
A murmurer. A écrire. A s’enlacer. A choisir. A s’éprendre. A repenser l’amour : cette part d’âme rescapée de notre solitude.
Deux heures et des poussières.
A contempler la nuit emmêlée de lune, et mes yeux parmi des kyrielles,
A choisir de vivre par utopie.
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04.10.2009
La présence humble
A offrir, nous n’avons que des gestes et des mots.
Des restes de peau et de langage.
Voilà l’infime empire porté au creux des chairs humaines.
Plus près du soleil, le sommet de notre impuissance nous apprendra à respirer plus grand.
L’érosion du ciel rappellera nos plaies.
Rester debout, même abîmé, c’est encore accepter de vivre.
Il n’y a que l’humilité des montagnes, de l’art, ou des océans pour nous consoler de notre insolence.
L’hypothèse poétique pour preuve d’une aventure commune.
L’austère beauté qui nous apprend à mourir sans renoncer.
Nous oeuvrerons de nos faiblesses pour bâtir l’invincible.
Nous reprendrons là où nous les avions oubliées, nos âmes mitoyennes.
(...)
La terre que nous aimons est la même qui nous enfouit.
Réversible désir.
Pour autant rien n’est inconsolable.
Sinon la guerre, sinon la barbarie.
Ce par quoi nous abolissons ce qui nous rassemble.
Avec le meurtre et l’indifférence pour dernière lâchetés.
Pourfendeurs, brigands, assassins de leur propre lignée.
Oublieux du songe qui les a fait naître.
Conquérants d’hier, notables d’aujourd’hui, sciez la branche de votre propre squelette.
Bientôt vous serez sans sève, sans grâce et sans racine.
Possesseurs d’aucune quête.
Et nous vous abandonnerons l’orgueil même de vous en avoir averti…
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28.09.2009
La presque sauve

Et tu restes là, à tourner en rond comme un lion dans la cage de ton absence. Tu voudrais rugir, tu voudrais te cabrer, accrocher tes griffes au voile de la nuit jusqu’à en déchirer le ciel, jusqu’à en déchirer l’histoire.
Il est parti. Un beau soir, il a tourné les talons, claqué la porte et pris le premier train. Il est parti. C’était écrit, mais tu ne voulais pas savoir lire. Dès le premier baiser, il était déjà loin. Muré dans sa mémoire, assiégé, fini, en avance sur la mort. Sourd au pouls qui tremble en chaque chose.
Et tu continues de tourner dans l’éternel retour de sa pénombre. Même l’aube a des allures de nuit, un je ne sais quoi d’insoutenable, une lumière aveuglante, une naissance où il fait déjà froid, une vie qui feint d’être viable. Tu te confonds dans la ressemblance des heures, tu te perds dans la sournoiserie du temps des hommes, tu le sais toi dont les griffes veulent décrocher la lune, que la perte n’a pas de durée, que le manque est sans horloge.
Pourtant, il était là, chaque heure de chaque jour, quelques centaines de semaines, et milliers de tours de cadrans, à t’attendre ou te rejoindre quelque part, à tracer ensemble quelque chose d’un chemin. Et soudain, plus rien, pas une voix, pas un souffle, pas une empreinte, plus un coin de ciel où se retrouver
Tu voudrais sortir, faire la femme forte, la fière, l’invincible, tu voudrais pleurer un bon coup et sauter sur l’élan de libertés qui s’offre à toi, effleurer ces gens qui s’accolent quand ils sentent la douleur proche, ces gens qui flairent votre manque comme de vieux chiens leur os…
Mais tu restes là, à lui parler en rond, vingt fois par jour, tu lui adresses des lettres, des mots, des paroles, tout l’indéchiffrable de ton silence. Tu lui parles, comme avant… un avant qu’il a a laissé si loin qu’on le dirait enfui depuis des siècles, mais un avant qui n’est qu’un avant-hier…
Comment peut-on écrouler ainsi un monde, prêtant au labeur les mains dont le but était de le bâtir?
Et partout l’absence a semé les traces de sa constance. Empêchant la jachère des songes où tu voudrais l’oublier. Ces verres dans l’évier que tu laisses comme des preuves… ces verres encore marqués de ses doigts, ces verres encore écrits de ses lèvres. Sa valise, son rasoir, son pardessus râpé, ses disques, ses mégots ressuscités sous la caresse de tes doigts.
Tous ces témoins de vous par lesquels tu respires… Et espère encore continuer de vivre.
Archéologue du manque, tu te jettes à corps perdu dans tous les gouffres de l’absence et t’accroches au vide jusqu'à explorer les moindres recoins de ses insuffisances.
Tu cherches… dans les draps, le pli oublié de vos étreintes ; sous tes paupières le chant exilé de son rire, sur ta peau l’empreinte pourpre de son parfum.
Et tu commences à comprendre, dans tes pas qui tournent, dans tes souvenirs en rond, que l’amour est sans visage, que l’histoire survit aux êtres, que ça n’était qu’étoile, quand tu lui sacrifiais planète…
Dont la lumière elle, est sans absence, ni talons tournés, ni porte claquée, ni crépuscule.
Ta planète.
Et je suis là, inapte à apaiser ta peur.
Et dans ton attente, et dans ton chagrin, me retrouve, intacte,
A te pleurer comme si c’était hier,
Comme si c’était à n’en plus finir,
Comme si c’était à n’en plus vieillir,
Nous deux.
A ma petite feuille du suet.
06:18 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
22.09.2009
Nos ailes d'anges

Il y a du jeu entre les désirs, de l’espace, une place à prendre qui n’existe pas. Des morceaux d’êtres éparpillés sur la toile du monde, des bribes de temps, des tranches de cœur, l’humanité discontinue de nos substances.
Chacun est là, à essayer de combler sa part manquante, quand partout autour de la plaie, inconsolables, débordent les solitudes.
Je n’ai jamais écrit que pour ça, donner du poids aux heures, une matière à nos ailes d’anges.
Traverser le silence jusqu’à cet endroit précis, fébrile, où dans les mots, où dans l’amour, où dans l’enfance, vivre est possible.
11:34 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
16.09.2009
Candeur

J’ai voulu tout savoir, tout comprendre, les moindres recoins de nos âmes, des traités, des histoires, laissais aux autres le soin de me dire le monde, abandonnais ma voix à la transparence des rumeurs. J’ai voulu tout savoir des livres jusqu’aux hommes. Les odeurs, les émotions, le moindre recoin des cœurs et des peaux, les regards, les peurs, les colères, les baisers, l’âme du jour de la caresse de l’aube à l’éprouvé du crépuscule, le dessin, la musique, ce secret logé en chaque œuvre du monde.
Pourtant, soudain surprise par l'évidence : il n’y a que l’ignorance pour nous tenir debout.
Comme une absence en soi qu’il s’agit de peupler…
Cette petite place de silence, où viennent danser quelques sourires, et s’embrasser nos ombres frileuses. Les nuits d’orages enlacées de rêves, quand nous pleurions la mer dans nos étreintes, et que tes bras, clos sur les miens, se foutant du bien, se foutant des codes et de la mort, faisaient de l’instant l’immortalité de notre étonnement.
Les tremblements des corps émus de s’apprendre, la conquête du souffle, les regards qui se caressent bien avant les peaux, ce désir qui change l’infime en inoubliable.
Comme les bateaux, petites barques de mémoire, nous continuons de flotter à l’horizon. Surpris, ignorants, éblouis. Nous laissons derrières nous des traces, des sillons et des espoirs enfouis dans tous nos ports, la pulpe de quelques averses et la lumière de quelques aubes.
Car soudain, surprise, ignorante, éblouie,
Je scrute le large
Le fragile équilibre des flots
Sans y voir la moindre contradiction.
12:00 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
07.09.2009
Baiser

On construit l'amour comme on roule un baiser :
lentement, sous la langue, sous les doigts,
dans l'ampleur d'être deux
mêlés de sueur et de doutes.
Pris,
dans l'entrelacement des routes
et le silence des sans aveux.
10:10 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
18.08.2009
Emotion

Rien ne me fera reculer devant l'appel d'une émotion. Voilà qui fait peur et qui construit. L'impalpable pouls de l'émotion, devant laquelle se retrouver toute petite, aussi frêle qu'une feuille d'automne peinant à se détacher de son rameau. Fragile comme un serment, servile comme un amour.
Alors, rien qui ne puisse l'arrêter...
Le désir se lève et s'emmêle, les corps ont cette légèreté du vent qui tombe sur la grève, le bonheur se réduit à sa plus simple équation :
sans avenir ni mémoire,
du temps arraché aux cadrans,
composé désormais de nos sèves.
07:38 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
09.08.2009
Soupirs

Nous sommes tout cela. Nous sommes ce qui s'efface. Nous sommes les évadés d'un autre songe.
Nous sommes ces coeurs parfaits dessinés dans le sable, légués à la barbarie des vagues.
L'ombre nous honore, parfois. Le silence nous emporte, toujours.
Et toute sa vie on se demande, comment habiter ce temps. Courir ou marcher ? Fuir ou rester ?
Croire ou apprendre à finir ?
Choisir d'être libre ou décider d'être sauf ?
On se raccroche aux heures, on se raccroche aux visages, le regard de l'autre est notre douce pénitence.
Tu me parcours l'âme. Je traduis ta peau.
Nous forgeons peu à peu tout ce qui nous meut, l'âpre et tendre amour.
Nous sommes tout cela. Nous sommes ce qui s'efface. Nous sommes les oubliés de nos propres traces.
Et pourtant, nous vivons.
Quelque chose de mélodieux nous accompagne, chaque soir, vers le mystère du lendemain.
Car chaque jour, de plus belle : la lumière qui flirte avec le vent, la mer qui danse dans le sourire des femmes, les mots qui renaissent de leur chute,
le ciel dont la blessure est notre dernière bonté.
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03.08.2009
La fêlure de nos lignes

Partout autour le silence. Il n’y a pas de mot pour dire ce que tu traverses. Il n’y a pas de mémoire pour dire ce que tu ressens.
Tu es là, mis à demeure de revivre une scène nue, transparente, qui puise sa force et sa violence de ce que tu ne l’as pas vécue.
Avec pour seule amie, seule âme sœur, cette lumière blafarde qui s’échappe du noir enseveli de tes yeux.
Tu es là, figé dans une peine sans couleur ni contour, pris dans un tourbillon d’images que tu ne connais pas.
Rêve occulte. Sans souvenir.
Et il n’y pas de mot pour apaiser ce que tu ressens.
Pas de mot pour combler ton silence. Pour tendre un espoir à cette lumière blafarde.
Tu es seul en toi. Les autres n’ont plus accès au ciel que tu vois, à la transparence de tes incertitudes, aux révoltes qui te peuplent.
La douleur est muette. Aphone. Elle parle le langage des signes. Elle tord en silence, un temps qui n’est plus tout à fait temps, au creux d’une vie qui n’est plus tout à fait vie…
Il n’y a pas de mot, alors peut-être, seulement ma main, pour se tendre encore, ma main d’encre et de femme, ma paume et la fêlure de ses lignes.
Ma peau de toutes ses peurs, mon âme passagère, fragile à consoler sa sœur.
Mais prête pour l’œuvre des hommes
Qui de deux silences sauvent un monde.
Car nous n’avons jamais rien offert de plus sincère que la lumière blafarde de nos impuissances.
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