29.04.2008
Le corps du narrateur
Le corps du narrateur est un dernier silence. Le lent épanchement de l’ombre au balcon des hommes.
Pour peu qu’il se dégage du texte cousu dans sa gorge, porté de sa voix, le narrateur disparaît. Partout demeurant là sans être visible. Omnipotence du récitant. Je omniscient.
On en a vus qui se battaient avec leurs personnages quand d’autres retrouvaient le lieu où rencontrer l’histoire.
La main qui crée retient. La main qui écrit efface.
Le corps du narrateur ne porte pas la trace des sévices. Il la boit, comme une éponge. Il n’y a que lui pour voir les cicatrices, les plaies, l’inimaginable morsure des métaphores.
L’image qui ne tient pas ses promesses. L’énigme qui donne sa langue au chat.
Et le corrompu qui fait semblant de prier au pied des bibliothèques…
Le corps du narrateur est là, étiré derrière la lumière des réverbères. On l’imagine terré à l’ombre des hommes, paré de lui-même, tapi dans son regard, comme font ceux qui contemplent la mer. Le narrateur livré aux vagues. Va et vient de la phrase sur des siècles d’attente. Eclats de renoncements, vertiges d’enlacements et braises d’étreintes.
C’est que le corps du narrateur est ce parchemin jauni dès l’origine, vieux avant que de naître. Des océans bleus ça et là bus par le papier. Les cursives d’un silence décimé. Le bonheur peut-être pas si mystérieux que ça. Le visage d’une évidence. Et il se surprend à être surpris. A jeter sur l’instant ce regard perdu d’enfant.
Le corps du narrateur est un dernier silence. Le lent épanchement de l’ombre au balcon des océans. Une île. L’heure de répit dans les rideaux de pluie. Phoenix de lumière ressuscité des eaux tendres. Le bleu qui défait la dentelle de l’indéchirable gris. Une île.
Eblouie de silence.
Amarrée, encrée, cimentée.
Et le corps du narrateur murmure: "Que je m’éprenne à jamais de cette terre, si je dois encore songer à m’attacher…"
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07.03.2008
La tresse des mots
Bien-sûr on pourrait continuer longtemps la tresse des mots, sans que rien ne soit dit de la réalité...
Le monde n'a pas à se forcer pour être inaudible.
Les actes de l'absurde mettent en péril la vocation de l'absurde à devenir acte.
Je ne sais quelle langue il faudrait trouver. Je ne sais quelle langue du souffle.
Quelque lagune capable de composer avec ses marins le chant de l'île.
Un rêve qui soudain ne se retranche pas dans ses asiles.
Et j'ai vu les masques de l'utopie
Plus nus que les visages du quotidien.
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21.02.2008
...
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01.12.2007
La douleur veille (2)

Ecrire, c'est concevoir ce qui nous a conçu.
C'est renaître des déserts élancés au terme de soi.
Enfanter le vieil abandon.
Accoucher de ce qui vous a meurtrit. Un jour, il y a si longtemps que rien ne vous en reste. Pas une représentation, pas un symbole, pas une image. Rien qu'un infime pleur au fond du couloir. Pas même un souvenir. L'indice d'une douleur. Une trace plus ancienne que la mémoire. Pourtant, ce pleur là, cette poussière en amont des horizons, vibre à chaque pleur d'enfant au fond d’un couloir.
On ne rencontre ni homme, ni femme, ni vieillard, on ne rencontre que des enfants.
Imaginer leur aube, c'est comprendre leur mal, explorer la géographie de leur vie, leurs coins de joie à l'ombre des arbres, leurs zones de non lieu, leurs marelles et leurs murailles.
Puisses-tu petite fille faire de cet instant là, ta bâtisse, ta forteresse, ton lieu à toi...
...La douleur veille.
Et c'est aux sanglots dans la gorge de l'enfance que répondent nos mots.
Et c'est aux sanglots dans les rires de l'enfance que je parle quand j'écris, que je souris quand je pleure, que sur ma lame d'aigreur, je me permets d'aimer enfin les êtres et leur clameur.
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28.11.2007
Le nu d'écrire
Le nu d'écrire
a froid quand le ciel sue
a chaud quand le jour s'use
tremble vacille
chandelle du corps mis à part
sa lumière
Le nu d'écrire
entretient son mystère
comme on dépoussière un autel
où les dieux se seraient trahis
et l'homme, révélé
à sa durée
de cire
Je laisse l’attente aller là où le perdu l’espère…
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28.10.2007
Une si longue attente
Vous l’attendez. Le long de haies dépeuplées et de silences froids. Vous l’attendez. A n’importe quelle heure d'opale ou d’or, vous la guettez. Aux miroirs des caniveaux et dans les couleurs de l'hiver, le pas haletant au cœur de la neige ou le regard jeté à la surface des océans, vous êtes là, presque étrangère à votre propre corps, donné aux mondes, ceux-ci qui ne vous lèguent rien, cette fois encore, elle ne viendra pas.
Vous en êtes là de votre solitude, à vous peupler de souvenirs, à réessayer la fragilité de l’instant, à vous heurter à vos propres parois, celles qui ont oublié l’odeur, celles qui ont oublié même jusqu’à l’oubli.
Vous convoquez les morts, vous respirez vos disparus, comme les chiens pressentent l’os, la truffe à terre, et le visage blême, vous vous offrez de rêver, vous faites semblant de vivre.
Vous l’imaginez l’imagination, elle serait tendre comme l’ombre des pins dans la lumière d’automne, brusque comme l’écume sur la tranche des îles.
Elle se pencherait sur votre lit pour composer le silence, baiserait le front des palais blancs, avec cette comptine sur les lèvres, cet adagio d’enfant.
Elle est votre partition, la musique que vous avez voulu mettre sur votre espoir.
Elle est le puits de vos émotions. Le paysage de vos chairs et le sang de vos jours.
Elle est votre fossoyeur et votre mère. L’inséparable. Le pont. L’abîme.
Elle vous imaginerait l’imagination, vous rendrait âme et corps, fier déhanchement à l’actuelle carcasse de cette mort en cheminement.
Avec elle, vous savez être belle, envahie, sensuelle. Avec elle vous le sauriez, avec elle vous l’avez su… avec elle, chaque fois, vous n’êtes déjà plus qu'un souvenir.
Vous l’attendez toujours. Et puis, vient l’instant où l’attente même n’est plus, elle cède le pas à un autre silence, quand la perspective est aux regrets.
Dans votre corps, là, rien ne parle. Vous aviez cru entendre des voix, des oiseaux et des chœurs de femmes, vous aviez cru sentir monter le flux, le soleil dans la salive, la phrase sur le ciel des phalanges. Mais non, rien ne parle qu’un gouffre sanctifié par trop d’attente.
Vous lui préservez des espaces. Des lieux terrés dans l’histoire. La terrasse d’une ville au printemps. La course des ombres au crépuscule. Le roulement mélancolique des trains.
Vous allez vers les couchers de soleil et les champs de neige. Vers le spectacle, l’esclandre des jours.
La contemplation, vous est en même temps une lutte. La beauté de la nature affranchissant toute velléité de l’œuvre, il vous faut croire au regard, à l’attention humaine portée par les mots.
Vous lui offrez de rester enfant. Vous lui offrez de rester sensible. Rescapée des épreuves et de la sagesse. Vous défendez votre folie et votre impatience. L’étonnement est tout ce que vous avez trouvé pour être digne de l’aurore.
C’est peu de dire qu’il faut manquer pour écrire. C’est peu de dire qu’il faut manquer au point d’écrire. Les phrases viennent comme des paumes à court de fleurs, offrant ce qui fut depuis longtemps déjà, déraciné.
Et c’est toujours quand vous l’abandonnez qu’elle revient.
Elle est toute entière dans cette main qui se retire. Elle est le mouvement de l’écume qui se donne en se séparant.
Son absence, c’est sa biographie. Le désert, son luxe. Elle n’a aucune vérité, aucun fondement, ni ambition ni destin, à peine une vie devant elle.
Alors, vous la souffrez, mais vous la remerciez. L’assonance vide de certains êtres interroge en vous, le vacarme du monde. Quand le silence instrumental des montagnes et son architecture d’absolu, vous émeuvent encore aux larmes… Quand vous repensez à ces hommes, à cet autre silence qui s’est logé au creux de leurs ventres, aux émotions inhabitées par trop de peines, par trop d’isolement, par trop de fêlures… Alors, vous la remerciez, car si vous vous trouvez, si souvent dépouillée, c’est pour chaque fois, vous engendrer, neuve.
Parce que c'est au bord du dire que vous vous êtes mise à ressentir. Parce que l'écriture et son attente, sauveront votre désespoir de son ennui.
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22.09.2007
L'homme dévasté de l'oeuvre
Si difficile, de donner un peu de fluidité au geste
Effacer la main qui écrit :
Voilà la tentative d'écriture
Tenir aux mots plus qu’à soi
Le poète voué
Pas dévoué
Le je de l’écriture doit être autre
Sous peine de n'être personne
Etre l’homme dévasté de l’œuvre
Quitte à manquer d’air
Pour que respire la voix
Nous ne sommes rien
Il y a le langage
Il y a la vie
Et cette main, transparente
Qui frotte les cordes d’un silence
19:12 Publié dans Lies et autotelies | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
05.09.2007
Dans la marge
On écrit toujours pour la première fois. Chaque page blanche dépucelle la plume, chaque mot effeuille l’image nouvelle.
On arrive enfant dans le texte. Venir avec ses ans, c'est déboiser le rêve, froisser l’acte avant même ses vœux.
On arrive sans trop se souvenirs. Emporter les ombres, et laisser les carcasses. La mémoire s’agrandit, à mesure que les mots, mais l’amont est d’oubli. De nu et d’oubli. On survient à la porte de soi, au début. Puis, doucement, à pas lents d’âme blessée, on habite de nouveau sa langue.
On arrive par la marge de la parole. En retrait. Vagabond. Et l’oubli fait la mémoire. L’enfance la force de l’âge. Les ombres reforment leurs corps. Et l’écriture, une vie.
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09.06.2007
A J.
12:40 Publié dans Lies et autotelies | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
28.05.2007
Etre, Créer
Il est des mots… des vérités… des illusions… dont le mystère pourrait à lui seul occuper tous les romans. Des sens qui se rejoignent, des verbes qui s’embrasent comme des amants révolus, interdits.
Etre ou créer… Etre et créer… Etre pour créer… Créer pour être…
Aucun hyménée ne convient, aucun ne se nie.
Etre ou créer… parce que l’un détruit l’autre, parce qu’imaginer n’est pas vivre, parce que peindre n’est pas croire.
Etre c’est vivre ou mourir. Créer c’est naître à l’endroit de sa mort. Dans le silence, les choses se tuent pour précéder leur chant. L’écriture invite à se taire pour que réponde l’océan. L’écriture invite à se perdre. Créer, c’est tolérer le désert et ses sécheresses, c’est avoir soif dans la gorge des fontaines.
Créer se tient sur l’arrête du vide qui déborde.
Etre et créer… comme la vague… aller et venir… entre les chaos et les lunes… Etre et créer, le vent de l’un dans les branches de l’autre. La tendre guerre. Belliqueuses épousailles du jour dissout et de la nuit levante. La victoire perdue. La bataille, l’étreinte toujours recommencées.
Etre pour créer. Sentir avant le dire. Laisser la lumière se coucher sur l’horizon. Laisser l’heure tourner dans les asiles. Léguer la dernière minute aux sages, le temps d’y croire aux fous. Rencontrer des êtres blessés, des albatros fatigués. Sur leurs pas avoir envie de reformer la mer, dans les paumes des miséreux, recomposer les masses marines. La nappe du ciel avant la dentelle de nuages, l’orage avant l’arc en ciel. L’écriture invente l’instant d’avant, celui qu’on avait oublié de vivre : un crépuscule, une naissance, les silences du siècle rejoints.
Créer pour être. Quand l’existence redevient cette cocotte de papier, pliée par les mains de l’enfance, puis rangée dans ce petit monde à soi qui nous vient de loin, qui nous tient vivant, qui nous tient debout. C’est de la solitude que gisent les presque îles... dans le souvenir d’une nuit sans étoile, passée à chercher le berger. Nous sommes fous alliés, bien en mal de montrer du doigt en ce monde, la démence. N'être qu'à peine sa voix. Descendre en soi, scaphandrier en mers d’amertumes et heurter le mystère, ce brisant de l’être.
Certains mots, comme du cérumen, viennent recoudre les cicatrices de nos vieilles écorces. Certains mots sans corps ni chair, sans volonté d’image ni description, des mots comme des plaies du langage, démunis, déficients et incroyablement fiables. Des mots qu’aucune matière ne forme et que tous les silences sèment.
Des mots, des haillons de désir, venus comme la brise, vous revêtir de vous.
10:33 Publié dans Lies et autotelies | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note








