31.10.2009
L'aumône du sens
Le poème est un expatrié.
Forcément.
Un cynique dépossédé.
S’il respire c’est d’avoir arrêté son souffle, jusqu’à l’asphyxie du songe primitif dans sa poitrine.
S’il emplit c’est d’être tissé de manques, d’attentes et de révolutions échouées.
S’il encre, c’est qu’il erre, c’est qu’il court, empressé de rejoindre des lieux qui n’existent pas encore.
Empêché de rejoindre ses pas.
S’il demeure c’est d’être déjà mort.
A offrir, nous n’avons que des hypothèses.
Des frissons, des chuchotements, des pages blanches d’amour et des brouillons de ciels.
Des doutes, un par un, disjoints, mêlés, vers la conviction d’être.
L’aumône du sens portée par des milliards de paumes nues,
Fleurs sauvages, pleureuses de deuils sans visages, faiseuses d’anges et de sémaphores.
Frileuses de vivre, empêchées de croire,
De ne rien voir, ouvrant si grands leurs yeux,
Que bruissent en elles, la voix des choses tues.
16:50 Publié dans Lies et autotelies | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
16.07.2009
Dans la bascule à épeler le monde

Il faut peut-être en passer par cette solitude là.
Par cette matière rude et difforme de l’impartageable, par cet écho vide dans la nef de nos désirs.
Pétrir le doute jusqu’à sculpter le buste de notre vie.
L’écriture est un mariage troublé d’ombres et de lumière. La liberté consacrée tout à la fois promesse et deuil.
Celui qui se tient à l’aube d’un livre est en proie au pire comme au meilleur, héros de sa propre lâcheté, incertain quant à dire oui…
09:09 Publié dans Lies et autotelies | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
07.07.2009
Mon pays
Mon pays fait à peine 29 cm de long sur 21 de large.
Un désert blanc où s’entremêlent des ombres, au rythme des jachères de l’âme, où se repeuple le monde. Un coin de ciel où la vie dispute avec l’au-delà, son droit de passage sur le corps des hommes. Au départ, vous passez par des lieux inhabités de vous. Il faut endurer la soif, le froid, le silence la sécheresse. C’est le manque qui crée en nous toute chose encore debout. Abonder, c’est perdre. C’est ainsi et l’époque court à sa perte.
Il faut creuser beaucoup pour toucher à l’enfoui. Vous piller du superflu. Puis creuser encore, refaire le chemin des centaines de soirs durant.
Un pays, un endroit où répondre de sa vraie présence, où laisser à nu ce qui se cache sous l’épiderme, cette moelle de solitude et d’égarements.
Un pays qui aie le courage de l’océan, sa vigueur à assumer sa mélancolie, qui dépose et replie sans fin sur la grève, son corps de mémoire.
Un pays qui vous invente et vous reprend comme la vague. C’est un territoire habité de visages, parsemé d’instants, où chaque rencontre participe de sa conquête.
C’est un jardin où semer ses émotions, et les récolter en perles de soi. Quelqu’endroit où se réinventer d’un tremblement de verbe, où broder nos enfances jusqu’à n’en plus jamais finir de les relier aux fantômes que nous sommes devenus depuis.
C’est la démesure d’un empire bâti de nos plus infimes dimensions. L’élan humain fait de langueur et de passion.
C’est un pays où l’on ne va pas par habitude. Mais que l’on retrouve par nécessité, les yeux grands ouverts sur l’énigme de l'instant.
Nul n’en connaît le chemin. C’est à l’horizon d’une errance, au détour d’un rêve, là tout au bout de la jetée, par où reconnaître ce ciel mêlé d’infini.
10:40 Publié dans Lies et autotelies | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
21.02.2009
Toujours écris… me dit-il.
Ecris… Ecris… Toujours, écris… me dit-il.
Et le mystère dans sa bouche, est d'évidence. Clarté faite chair.
Je ne puis rien changer à ce monde. Seulement tenter de le traduire.
J’écris car je ne sais pas écrire.
Cette suite de heurts sans plus de projet que de mémoire.
Cette portée d’oiseaux dont la main libère le cœur. Ce peuple de phrases exilé du territoire de mon silence.
J’écris car je ne sais pas haïr. Les mots de ma colère ne sont que les preuves de ma tendresse. Et de mon impuissance à la vivre parfois, sous le ciel corrompu de nos petits désastres.
Mes mots ne sont qu’empruntés au désespoir.
Je n’ai rien inventé encore, de mon chagrin.
Je ne sais plus de lire ou d’écrire lequel est le premier venu. Je sais seulement qu’ils ont rompu ma solitude en la brodant. Je ne serai jamais tout à fait seule, jamais absolument aux autres.
Nous gravitons tous autour de quelque étoile qui nous protège de vivre…
Je grimpe. J’arpente. Quelques strates ardentes de mon inexprimable.
Chemin faisant, vers l’innomé de mon amour.
Tout me dépasse et j’aime à me sentir petite.
Plus je suis infime mieux je me sens humaine.
Les falaises sans fond et les plaines sans fin. Les étendues de neige où les trembles trônent comme des bougies sur un gâteau d’anniversaire.
Les océans, les tempêtes, les orages : la bâtisse des jours.
Les toiles, les poèmes, les bustes d’airain: l’architecture des rêves.
L’immense est sans orgueil.
Tout ce qui me déborde m’emplit.
Je suis d’une île infime portée par l’infini des flots verts.
Ecris… Ecris… Toujours, écris… me dit-il.
J’écris, la vie d’une main, le songe de l’autre. Entre les deux : la continuité de ma peau.
D’une main ce visage de femme. De l’autre ses souvenirs d’enfant. Entre les deux, la perpétuité de mon amour.
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10.12.2008
Nommer
Pourquoi cette tentation du mot ? Pourquoi j’abandonne sur la table, les feuillets publicitaires qui me vendent leurs rêves pour aller m’enfouir dans la fragile réalité des livres ? Parce que l’un nomme quand l’autre tait. Parce que l’un crée quand l’autre subit.
Nous ne serons jamais parfaits, nous ne tenterons pas même de l’être. L’absolu est inhumain. L’insuffisance seule a une chair, des os, un souffle où respirer. Nous ne serons jamais parfaits. Nous serons hommes, et nous tenterons de dire.
Nommer, c’est agir. S’extraire du mutisme des apparences, de ce silence qui feint de discourir. Peu importe comment. Avec dans la voix un gazouillis d’oiseau, le babillage d’un enfant, ou les roulades de l’écume quand le ciel s’estompe.
Nommer, c’est commencer de vivre. C’est renaître au sens disparu. Revenir sur les pas de la première nuit, du premier jour, du corps à corps fécond des ombres.
Nommer c’est faire acte. Acte de parole. Acte d’être. Habiter un mot et s’abriter en soi. Nommer c’est se soulever puis tendre la main. Il n’y a pas d’un côté ceux qui parlent, et de l’autre ceux qui agissent.
Il n’y a que du vivre, mêlant nos lèvres et nos poings.
Advenir en un Ils, On, en un Nous, peu importe : puisque mon Je est ton Autre…
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28.09.2008
Suave

Il est des choses toutes bêtes que nous pensons ne jamais pouvoir faire. Comme un être en l’être qui est tout à la fois le plus étranger des êtres. Un idéal. L’irréalisable soi qui pousse chaque rêve devant l’autre, comme des pas, dans l’hypothèse des lendemains.
Et l’écriture est là, qui évite et étreint celle que je pourrais être.
Danseuse de tango. Légère, hissée sur ses talons. Donnant à son corps la forme de mon amour.
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26.09.2008
Brèves

C’est dans l’écho de leur disparition, que les mots nous émeuvent. Quand ils frôlent le silence et rebondissent dans nos poitrines.
Comme des hommes.
Reste à Toucher la grâce des condamnés…
La dignité des misérables…
Apprendre à dessiner dans les paumes des estropiés…
Comprendre que la poésie n’est qu’une manière de vivre l’évidence.
Une guerre qui se sait vaine, mais qui s’arrête sur le chemin de ruines, pour admirer le feu du désastre, la couleur du vivre.
14:55 Publié dans Lies et autotelies | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
07.03.2008
La tresse des mots
Bien-sûr on pourrait continuer longtemps la tresse des mots, sans que rien ne soit dit de la réalité...
Le monde n'a pas à se forcer pour être inaudible.
Les actes de l'absurde mettent en péril la vocation de l'absurde à devenir acte.
Je ne sais quelle langue il faudrait trouver. Je ne sais quelle langue du souffle.
Quelque lagune capable de composer avec ses marins le chant de l'île.
Un rêve qui soudain ne se retranche pas dans ses asiles.
Et j'ai vu les masques de l'utopie
Plus nus que les visages du quotidien.
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21.02.2008
...
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28.11.2007
Le nu d'écrire
Le nu d'écrire
a froid quand le ciel sue
a chaud quand le jour s'use
tremble vacille
chandelle du corps mis à part
sa lumière
Le nu d'écrire
entretient son mystère
comme on dépoussière un autel
où les dieux se seraient trahis
et l'homme, révélé
à sa durée
de cire
Je laisse l’attente aller là où le perdu l’espère…
19:45 Publié dans Lies et autotelies | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



