20.06.2008
Ici ressemble à l'amour
Ici est ce pays où l’on revient par habitude, et où l’on reste pour continuer de vivre l’exceptionnel.
C’est ce dernier mystère que réserve une vie.
Une équation sans jamais d’inconnue.
Le secret de ses rues, l’énigme de sa nuit… terre mystique… Ile.
Comme un lien qui n’a jamais eût de place ailleurs, en soi.
Quelque éternel retour à la fugacité foudroyante.
Dès le pont, retrouver les sens et l’appartenance du corps.
Quand toute vraisemblance devient désir.
Le bonheur, le regard, la voix.
La douceur ambrée du mimosa, la mosaïque impressionniste des bateaux, ces constellations du port, le rire des mouettes dans l’accent des pêcheurs.
Ici ressemble à l’amour.
Ses distances, son manque, sa symbiose.
Te transforme en te rendant à toi.
Passe du temps à recoudre les silences…
Ici les odeurs disent au regard ce qu’il faut entendre.
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24.05.2008
Ces albatros ...
Marin. Une lettre médiane enlevée et c’est la main. La paume tendue de ces loups de mer. Une main sculptée par l’océan, une main palmée, faite assez grande pour recevoir les flots, les reflets d’argents et l’albatros qui parfois dans le vent, leur rappelle le visage d’un être aimé.
L’Escadrille phoenix, la taverne du port, cette comète entre ciel et mer, s’est relevée de ses cendres, belle, intacte, cale ré offerte aux hommes.
Elle a retrouvé son monde, sa mémoire, son rêve.
Ses secrets, sa pénombre, le mystère constellé de ses nuits blanches, ses rivières creusées de lune.
Avec elle, les visages de la mer sont revenus. Et nous ont souri. Et nous ont donné leur cœur entre deux exils.
Des figures loin des formulaires et conventions. Des corps debout dans leur vie, des regards qui savent la nudité de l’horizon et en ont extrait la pulpe de leur loyauté. Des imaginations debout dans leur sincérité, et qui à l’étranger réapprennent, la douceur du don.
Il y a Pierrot, dans sa longue gabardine noire. Silhouette presque surnaturelle à l’élégance fine. Quelque chose en lui émane de secret. Le Pierrot il était dans la marine militaire. Aujourd’hui il sculpte des proues de bateaux. Des bustes offerts aux lames des océans. Du beau sur le vital. Du superflu de l’âme sur le nécessaire des jours. Et il envoie des traces d’exil aux cœurs sédentaires. Des portraits de bateaux, des ombres d’oiseaux, des vues d’horizons. A ceux qu’il aime, il adresse l’amour de ce qu’il aime. A l’autre bout, reçu le sourire, reçue l’émotion, et la chaleur de l’écume.
Dans un coin, le cousin observe, se met en retrait pour écouter la mer. De là, il entend mieux les hommes. Caché derrière ses lunettes de soleil, il laisse son sourire se charger du regard.
Il a dû tremper ses yeux dans la vague pour les avoir si bleus. Des yeux perspicaces. Une jeunesse qui ne se trompe pas de vie. Ses mèches rebelles lui donnent un petit air de poète Ardennais. Il aime se confronter aux pères, les provoquer, les berner avant que de leur dire je t’aime. Ca se sent, c’est pour sa liberté qu’il est là, lui aussi. Pour fabriquer les souvenirs qui lui permettront de vieillir sans renoncer.
L’antépénultième du navire a un visage d’enfant et porte le prénom d’un présage. Robinson qui récite, du bout de l'amour et de la voix, ses odes à Ophélie. Son tarot de Neuilly, ne le prédestinait pas à cette vie là. Mais les prédictions, ça s’improvise. Comme disent les îlais :« Le hasard c’est une belle chose à condition que tu lui files un coup de main ! »
Il écrit des poèmes d’amour, Robinson, pour les femmes perdues et les bateaux naufragés. Il les rêves dans un tableau de Magritte, amazones envolées de son esprit.
Puis Franck, ah Franck, c’est la proue de l’équipage. Le phare et la tempête. Le guide et l’oasis. Franck il a quelque chose du héros de western moderne. Du bandit rustre à coeur d’artichaut. Un caractère, un personnage, un solitaire, un noble de l’âme. On dirait qu’il transperce ce qu’il regarde de son faisceau bleu au fond des yeux. Un homme beau et marqué. D’une beauté telle parce que marquée. Habitée de cicatrices et d’histoires. De révoltes et de désirs résolus. Une beauté courageuse.
Il a aimé les femmes… Trop. Trop aimé. Et trop de femmes. Puis, il a fini par renoncer. A l’amour, pas aux femmes. Le marin ne s’attache plus qu’à sa barre et à son zinc. Entre les deux, restent quelques souvenirs qu’il essaie de fuir. C’est comme ça qu’il explique son métier, plus par lâcheté que par courage. Un vaste récit d’évasions. L’échappée belle devant tout ce qui ancre, plante, amarre. La panique de vivre les pieds sur terre. Il a aimé, puis il a choisi la liberté. La liberté sans toit, sans demeure, ni horloge. Celle de vivre avec le vent et la houle. Chaque matin, de dresser ses voiles d’albatros.
Il a fait le tour du monde Franck, en repassant chaque fois par la case départ de l’île. C’est ici, dès sa naissance qu’il a failli laisser sa vie, quand rue du secret, les eaux utérines se débattaient déjà pour qu’il hume le vent du large. A sa suite, ce furent des fillettes desquelles il apprit le sensible des sirènes. Depuis, il a du mal à doser cette virilité fragile, cette force charnelle qui a déposé un enfant dans un corps de rescapé. Alors il fait son rustre. Son vulgaire maladroit qui voudrait se battre en duel avec le monde quand tout le ramène à la caresse.
Ils sont beaux comme des astres, ces gars de la marine… Ils sont de ces êtres dont l’évidence vous bouleverse. Quand il ne suffit pas d’une vie à des milliers pour se connaître, deux secondes suffisent à d’autres pour s’éprouver. Comme si l’histoire s’était déjà racontée, les souvenirs rassemblés, comme si la mer était recommencée. Comme si l’île suffisait à faire office d’intimité.
Qui l’aime aime aussi celui qui l’aime.
Et les exilés se reconnaissent à la loyauté de leurs rêves…
Marin. Une lettre médiane enlevée et c’est la main. La paume tendue de ces loups de mer. Une main sculptée par l’océan, une main palmée, faite assez grande pour recevoir les flots, les reflets d’argents et l’albatros qui parfois dans le vent, leur rappelle le visage d’un être aimé.

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23.04.2008
La nuit tatouée sur la peau des territoires
Les lieux ont une nuit tatouée sur la peau de leurs territoires. Il suffit que le ciel s’obscurcisse pour que la vie transparaisse.
La nuit des lieux offre de lire dans ses entrailles, l’histoire dont les océans savent le secret.
La nuit d’une île est un opéra de paix. Comme si tous les sons des continents réunis observaient une longue minute de silence. Un point d’infini entre soi et soi. Un dénuement.
La nuit d’une île vous dit que vous n’êtes qu’homme et que cela suffit à s’imposer de vivre. De vivre et d’être heureux.
Mes nuits d’une île, elles, furent toutes aussi exceptionnelles que dissonantes. Mes pas ont toujours essayé de rattraper leur absence. Combien de temps faudrait-il rester pour me sentir appartenir ? Pour accepter de quitter sans risquer de perdre… comme s’éloignent des amants sereins de retrouver le manque… Comprendrais-je en l’épousant un temps que je lui suis orpheline ou bien dévouée…
Il fut une nuit de feux d’artifices. Il fut des lunes dans les rigoles. Et des ombres dansantes, et des reflets de sourires aux sillons de l’eau.
Il fut une nuit d’enfance qui cachait sous son oreiller de quoi bercer l’imaginaire du noir. Des foules défilant sous mes fenêtres, des rires de ce que je serai bientôt, parfois même les baisers, du bout des lèvres dans mes pensées… le silence parfait, par saccades, et puis le vent, l’orage, et puis la mer. Le chant des sirènes. L’appel du phare. J’étais la rescapée du jour. J’apprivoisais des rayons de lune entre les persiennes des rêves.
Et demeurent ces nuits d’errance et de douceur marine. Des souvenirs à cacher au fond de soi, des visages de rois indigents, des marins, des chalutiers de rêves. Le partage d’heures bleues à la lisière des horizons verts.
Demeurent ces nuits d’utopie à bâtir sa sève.
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22.04.2008
L'aube révèle
L’aube révèle ses sillons. Terre de circonvolutes, de courbes et de reliefs. Terre d’enchaînements. De continuité. De fondus enchaînés. Sur la toile, le sable coule dans la mer. Dégradé de matières… bois, algues, roches, vague. Et nos pensées qui glissent jusqu’aux rêves d’écume. Dégradé de couleurs… la chevelure noire des embruns océans parsemés d’or blanc, mousse émeraude, bleu d’infini. Et nos cœurs qui baignent encore dans leur nuit.
Si loin du monde, un autre monde…
09:26 Publié dans Ile en Elle | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
21.04.2008
Le silence en bandoulière
L’île ce soir porte la profondeur de son silence en bandoulière. Rien ne bruit, ni de la vague ni de l’homme. Il n’y a plus de temps, il n’y a plus d’ailleurs. Il n’y a plus de vérité qu’un lieu uni à sa nuit.
L’île révèle l’aridité de ses hivers. La teneur de sa solitude. L’ombre qui erre a l’impression de déchirer quelque chose de son intimité.
L’île et moi… comme des amantes qui se dévoileraient sous un autre jour, un autre visage.
Son silence et son isolement. Les miens. Tout dans la nudité devient écho. Ma peau. Ses roches. L’écorce d’elle à moi, même. Le froid dans ses poumons les soirs de personne.
Je marche dans la nuit et le désert se déploie. De venelle en venelle, le labyrinthe sème ses pastels. Sous l’œil protecteur des réverbères, se noient les maisonnettes, reflets aux souvenirs de pluie.
L’île ce soir porte la profondeur de son silence en bandoulière. L'écharpe dont elle me vêt est douce comme la soie. Les bateaux sont à quai, des silhouettes immobiles sans sillon. Les rires sont restés sur les lèvres de l’été. Les marins reposent sur la lande de leurs rêves. Mes pas sont ceux d’un chercheur d’or bouche bée devant sa mine.
12:16 Publié dans Ile en Elle | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
17.04.2008
Là, au coeur du monde
Là se dressent les petites maisons
Du petit port. La gouache azur
Des coques aux volets des masures.
Le même pinceau, de la pierre au bois.
La même main, du gouvernail aux pierres.
Là se lève l’humilité
Des hommes devant la nature.
On ne dresse pas les eaux
Ni n’apprivoise les nuages
A genoux, le poignet qui défait les
Cordages de son exil
Fragiles les corps qui renouent
Le corsage des îles.
Là le cœur du monde
Là le monde entier
Là échouer les amarres du désir
Et retrouver le précaire du vivre
... Chercher l’absence, chercher l’or gris des métaphores
... Chercher le bleu cobalt des rêves d’enfants
Il suffisait d’être là et de cueillir le jour
Le réel avait quelque chose à dire de l’amour…
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16.04.2008
Le lotissement de la mer
Fermer les yeux et laisser venir la voix d’un univers...
Des mouettes errent dans mon sommeil. Des rayons, des enfants, des enfants, des rayons.
Le bourdonnement du tandem des amoureux. Le bruit de la liberté dans ses cheveux.
Le vent caresse les murs de lierre. Et le soleil pétri le bleu d’été.
La lumière tressée dans l’horizon.
... et toujours, la rumeur des souvenirs pour arrimer le monde.
Le lotissement de la mer pour mémoire.
La peau d’hier sous la main de demain.
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13.04.2008
La rue du secret
L'île, c'était aussi la rue du secret. C’était son havre, son repère, sa boussole au milieu de toutes ces rues blanches et bleues qui la perdaient au temps de son enfance.
Enfant, elle n’avait prêté aucune attention à la beauté du nom. Tout près il y avait la rue des Mariés, puis celle du Coin du chat qui la faisaient tellement plus rêver.
La rue du secret dépassait le mythe personnel. Elle était sur toutes les cartes postales et fillette c’était une fierté sans nom que d’envoyer un cliché non seulement d’une île, mais de la rue qu’elle habitait :
« Là, la maison à gauche, avec la grosse fleur c’est celle de mon tonton Jean où je dors. »
Toujours, la rue du secret ce serait « celle de son tonton Jean », celle où il suffisait de fermer les yeux pour rejoindre l’odeur des gauloises, celle où il taillait la magnifique bignone qui faisait la jalousie de tout le voisinage, celle où dans la cour, les enfants assis en rond autour de lui écoutaient pendant des heures des histoires de marins, de bateaux pirates et de tempêtes ou dégustaient amusés des capucines suivant les conseils absurdes du bonhomme.
Maintenant, la rue du secret c’était un peu aussi, le souvenir des fils électriques du tonton qui courraient dans le salon, son souffle court qui luttait pour humer encore le parfum de la bignone, sa silhouette errant les mains derrière son dos, courbée, fatiguée. Le secret, c’était aussi cet au revoir qui lui revenait chaque fois qu’elle redécouvrait la cour, cet enlacement au milieu de nulle part, cette étreinte qui disait, muette, que ce serait désormais pour ailleurs, pour plus tard. Cet au revoir qui signait l’adieu.
Toujours, l’île serait celle de « son tonton Jean », car ils lui devaient, tous autant qu’ils étaient, les neveux, les cousins, les petits enfants, ils lui devaient tout, les citadelles dans le sable, les tours d’ivoire dans la tête, les bateaux dans le cœur et leurs plus beaux jours. Sans lui, d’aucun n’aurait atterri sur l’île. Sans lui, d’aucun ne se serait envolé au pays de l’imaginaire. Ca n’était pas une dette non, sa générosité jamais n’aurait laissé s’installer l’idée d’un dû. C’était un héritage, le plus prodigue de tous, celui qui avait marqué au fer sa vie à elle, son cœur d’îlaise.
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27.02.2008
Nous Deux
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21.09.2007
La mer conjurée du silence
Définir
Serait me souvenir de tous les silences
De tous les aveux, tous les serments
Des transparences
L’écume peut-être
Saurait dire
Le temps invertébré, les jours fragiles
L’amour dans un roulis
Bien sûr
Les marins accoudés au pont du souvenir
Le don des dunes
L’âme des marées
La vague reste bien après l’avoir dépeuplée
Les traces sont là
Qui dansent
Les astres du silence dans la gorge de l’absent
En constellent
L’errance
- Nous demeurons la mémoire que nous avons choisi d’habiter -
18:44 Publié dans Ile en Elle | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note






