31.10.2009

L'aumône du sens

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Le poème est un expatrié.

Forcément.

Un cynique dépossédé.

 

S’il respire c’est d’avoir arrêté son souffle, jusqu’à l’asphyxie du songe primitif dans sa poitrine.

S’il emplit c’est d’être tissé de manques, d’attentes et de révolutions échouées.

S’il encre, c’est qu’il erre, c’est qu’il court, empressé de rejoindre des lieux qui n’existent pas encore.

Empêché de rejoindre ses pas.

 

S’il demeure c’est d’être déjà mort.

 

A offrir, nous n’avons que des hypothèses.

Des frissons, des chuchotements, des pages blanches d’amour et des brouillons de ciels.

Des doutes, un par un, disjoints, mêlés, vers la conviction d’être.

L’aumône du sens portée par des milliards de paumes nues,

Fleurs sauvages, pleureuses de deuils sans visages, faiseuses d’anges et de sémaphores.

Frileuses de vivre, empêchées de croire,

De ne rien voir, ouvrant si grands leurs yeux,

Que bruissent en elles, la voix des choses tues.

 

 

Commentaires

"C'est même chose que d'aimer ou d'écrire.
C'est toujours se soumettre à la claire nudité d'un silence.
C'est toujours s'effacer."

Ecrit par : Christian Bobin | 03.11.2009

Le monde tend la main vers nous, et c'est de nos paumes que glisse le sens, car sans nous, il n'est pas beau, seulement nécessaire.

Ecrit par : Sophie | 03.11.2009

Je vois que vous n'avez pas commenté ces deux commentaires, j'ose espérer que c'est aussi incompréhensible pour vous.
En revanche j'aime votre texte, mais j'aime toujours vos texte, Dieu sait bien pourquoi, en particulier toutes les phrases, et chaque mot, c'est comme s'ils vous peignaient ces mots, moi je n'y vois que vous, alors bien entendu ça m'aveugle un peu le sens critique.
Les mots ne demeurent pas, même écrits, ils ne peuvent même pas mourir, et pourtant quand vous le dites," s'il demeure c'est d'être déjà mort", le poème que vous ressuscitez, ce cynique dépossédé finit pourtant par me posséder moi.
(ça m'encre dans l'éther, dans les limbes, qui on le sait n'existent pas encore déjà!)
"La conviction d'être, l'aumône du sens" On sait trop de choses qu'on ne sait plus rien. On le tait, ça bruisse un peu, pis ça pialle, et là on se dit merdre, il a raison la bobine, faut le dire, le silence fait parler, à poil qu'il nous met, clairement, disons-le comme ça, la claire nudité du silence, il le dit lui, et vous le faites mieux que lui, vous le faites bruire.
(encore une fois je vous engage à ne pas croire à une quelconque intention critique à l'égard de vos poèmes, on ne critique pas les fleurs ni les étoiles)

Ecrit par : Fodio | 08.11.2009

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