16.09.2009
Candeur

J’ai voulu tout savoir, tout comprendre, les moindres recoins de nos âmes, des traités, des histoires, laissais aux autres le soin de me dire le monde, abandonnais ma voix à la transparence des rumeurs. J’ai voulu tout savoir des livres jusqu’aux hommes. Les odeurs, les émotions, le moindre recoin des cœurs et des peaux, les regards, les peurs, les colères, les baisers, l’âme du jour de la caresse de l’aube à l’éprouvé du crépuscule, le dessin, la musique, ce secret logé en chaque œuvre du monde.
Pourtant, soudain surprise par l'évidence : il n’y a que l’ignorance pour nous tenir debout.
Comme une absence en soi qu’il s’agit de peupler…
Cette petite place de silence, où viennent danser quelques sourires, et s’embrasser nos ombres frileuses. Les nuits d’orages enlacées de rêves, quand nous pleurions la mer dans nos étreintes, et que tes bras, clos sur les miens, se foutant du bien, se foutant des codes et de la mort, faisaient de l’instant l’immortalité de notre étonnement.
Les tremblements des corps émus de s’apprendre, la conquête du souffle, les regards qui se caressent bien avant les peaux, ce désir qui change l’infime en inoubliable.
Comme les bateaux, petites barques de mémoire, nous continuons de flotter à l’horizon. Surpris, ignorants, éblouis. Nous laissons derrières nous des traces, des sillons et des espoirs enfouis dans tous nos ports, la pulpe de quelques averses et la lumière de quelques aubes.
Car soudain, surprise, ignorante, éblouie,
Je scrute le large
Le fragile équilibre des flots
Sans y voir la moindre contradiction.
12:00 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note



Commentaires
...
le fragile équilibre des flots
sans y voir la moindre contradiction
huummm
de belles Odyssées en perspective...
Ecrit par : Laurent | 18.09.2009
Comme un grand bateau, partez, partez, laissez les, ces amoureux absents, absents.
Ecrit par : michel, à franquevaux. | 19.09.2009
Un si grand texte écrit si petit...
Ecrit par : Chr. Borhen | 19.09.2009
Vous remercie, tous trois, de vos échos...
A m'en sentir un peu moins seule sur le navire.
Bien à vous,
Ecrit par : S. | 19.09.2009
Il y a l'universel, qui dépasse les êtres et le temps, l'intime et le singulier ; qui grandit nos âmes à la lumière lointaine et idéale de l'absolu.
Puis il y a l'essentiel de l'être unique : un toi et moi dont la simplicité transcende l'absolu, en ce qu'il donne à nos yeux raison d'être à tout le reste.
Sans cette simplicité, certes ignorante par elle-même, et sans doute insuffisante à elle seule, à quoi bon le savoir d'un monde ? A quoi bon la conscience d'un univers ?
Bien le bonjour, et bon week-end !
Ecrit par : Bifane | 19.09.2009
Du même insu où tout échappe et tout se contient, s'avance du moins... J'aime le dessin de ce pont suspendu entre ce qui va de soi aux choses, infimes et grandes, et ce qui va de soi à l'autre, intime dans la distance. J'en tremble un peu.
Ecrit par : complexus | 20.09.2009
Oui Bifane, comme vous avez raison, et comme la simplicité est la base de tout ce qui vaut la peine d'être vécu, ici bas...
Merci, et belle semaine à vous.
Complexus, je savais moi aussi que je te retrouverai là, au détour de cette candeur.
Comme "elle s'habite des songes qui viennent et s'absentent..."
Ecrit par : S. | 22.09.2009
"il n'y a que l'ignorance pour nous tenir debout", je dirais même plus : il n'y a que la soif de combler notre ignorance pour nous faire avancer. Mais vous le dites si bien dans "cette absence en soi qu'il s'agit de peupler..." que mon commentaire n'est qu'un hommage en paraphrase.
Ecrit par : elvys | 22.09.2009
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