11.09.2009

Devinée du silence

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Certains manchots, dit-on, se lancent dans une patiente quête afin d’offrir à leur promise, le caillou le plus beau de la banquise, pour preuve d’amour. Si la dame le prend, elle accepte du même geste cet amour...

 

Mon caillou à moi, ma belle, ma douce, ma féminine singulière, c’est cette île dont je ne sais quels bris de hasards ou de destin ont placés sur ma route, sur ma banquise,

pour m’apprendre à lire, dans le bleu des poèmes.

 

Le ciel étoilé est partout dans le jour, parsemé à la surface des ondes, dessiné dans la constellation des flots, reflets d’astres assoiffés de lumière. La coque des barques danse sur le parquet d’azur. Les mats se dressent, peuple de bras levés, unis comme l’émeute. Les yeux des humains y pleurent et s’y aveuglent.

Le port fini sa nuit et commence sa brève : c’est un beau jour pour ne pas mourir.

 

Et puis partout autour, c’est la tendre béatitude de la misère… cette beauté sans apprêt ni décors : lue dans les nuages, éprouvée de nu, devinée du silence.

Les maisons d’albe, les boiseries de cobalt, le charbon des roches, les couchants de braise, le couloir des mers jusqu’à l’âme verte du ponant.

Partout autour, le monde est à peindre, le mythe à écrire, l’amour à rêver.

 

Les terres s’allongent, les dunes s’étendent, les pierres se diluent, même les arbres se couchent : tout se fait humble ; révérencieux du sang jusqu’à la sève. Seul le phare, se dresse, flambeau des eaux multiples et portier des nuits orphelines.

Ici naît le corps prosterné de la beauté.

 

Au loin, les récifs saupoudrés d’oiseaux et la dentelle archaïque des écueils, les flots éclairés d’ombres, les brumes percées de reflets, les horizons, les albatros, les mirages.

Au loin, les larmes des femmes consolées de vent, et puis la mer qui emporte leurs maris, et puis la mer qui élève leurs enfants.

Et puis cette femme sans postérité ni amour, venue les mettre au monde dans son ventre d’écume.

 

 

Certains manchots, dit-on, se lancent dans une patiente quête afin d’offrir à leur belle, le caillou le plus beau de la banquise, pour preuve de leur amour. Si la dame le prend, elle accepte du même geste cet amour...

 

Je ne sais quelle main, ni main d’or ni main d’homme, paume du ciel ou doigts de l’histoire, a déposé sur ma route, dans l’infini froid de ma neige, ce caillou blanc qui m’enivre et me sidère. Métaphore filée comme des bas, je garde serrée la pierre dans ma paume, amante à la passion peureuse et dévouée, garde blottie au creux de moi cette île aux eaux de soie.

 

 

 

 

Commentaires

"Ainsi Femme -Terre ! Lune !-
matriarcale souveraine, ainsi,
Ainsi le caillou était vierge de tout signe distinctif
seul ton reflet, Femme, en possédait l'énigme
et la Clé "

Ecrit par : Mû | 11.09.2009

Je prends ton texte dans ma paume. Une musique singulière, ta touche délicate.

Et mes papillons, toujours pas atteint les flancs du Vercors?
Ils sont plus que chamarrés, tu sais... Moirés, bariolés à la Pierrot Lunaire, de petits Arlequins ailés.
J'ai une idée: ils font un petit détour par ton île bien aimée ( Y), offrant des baisers doux à tes manchots!

Embrasse ma bien aimée (N) et mon nouvel amour(CL)!

Ecrit par : Bona | 12.09.2009

Ca bouge dirait-on, de l'apparence au contenu, du contenant aux apparitions, de légères mais sensibles différences qui, après un temps de silence, laissent à penser la levée d'une nouvelle vague, un subtil changement... Projections ou reflet ?
Il reste en tout cas le chant d'une beauté enveloppante, l'enveloppe d'une douce rêverie à s'y laisser prendre...

Ecrit par : complexus | 14.09.2009

J'ai pris une liberté qui ne dérangera pas la tienne j'espère... Mais ce n'est qu'une réciproque qui ne devrait donc pas, déranger. ;-)

Ecrit par : complexus | 16.09.2009

Merci Mû pour la correspondance de ces vers magnifiques...
J'ai immédiatement cherché l'auteure sur la toile, diantre que tu possèdes bien l'énigme ! Vraiment, très beau...

Bona, les baisers sont transmis, les papillons arrivés,
Ma pensée toute tendre.

Complexus, Ne saurais dire de la projection ou du reflet... je suis la première à me laisser prendre.
Quant à ta liberté, elle m'offre un sourire... touché...

Ecrit par : S. | 16.09.2009

Cette île aux eaux de soie, belle image qui lui ressemble. Très beau texte ; elle nous fait le cadeau de ton inspiration , quelle chance.

Ecrit par : gl | 16.09.2009

Merci Gl... Merci !

Ecrit par : S. | 19.09.2009

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