27.06.2009

Des Rives

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J’avançais sur l’embarcadère, d’abord à pas lents, comme font les hésitants, puis à pas lourds, à pas encrés, d’une lenteur devenue assurance, emportée comme une note vers l’évidence de sa propre justesse ; j’étais de celles qui se retournent, j’ai toujours été de celles qui se retournent, la route qui se perd devant moi et cherche mon ombre et transpire de chaleur pour que mes pas se collent et s’enchaînent à l’asphalte a toujours été pour moi une énigme, une équation et je n’ai que faire de la résoudre au regard de la saveur que me procurent ses inconnues ; entendu que les lendemains sont des machines à recomposer l’histoire, je soigne et tisse et trace le fil de ces mémoires qui nous font ressembler à quelque chose d’un être, locataires d’une quelqu’une vie.

J’avançais sur l’embarcadère, d’abord à pas lents, comme font les hésitants, puis à pas lourds, à pas encrés, je devenais l’absente de ma propre histoire, celle qui s’éloigne d’elle-même, se retranche de ce qui l’a bâtie et qui ne lui appartient plus, sur la berge j’avais croisé un vieux monsieur prolongé d’une longue gabardine noire, un beau vieillard, de ceux qui portent en eux l’élégance de leur souvenirs, je l’avais fixé minutieusement et déposé dans son regard toutes mes valises : des chemins, des visages, des paroles, des regrets, des sourires, des silhouettes, des paysages, une rivière, des soleils couchants, des prénoms, des voyages, des langues, des baisers, des disputes, des soirs de mal de vivre, des nuits d’étreintes, des matins de trop, mes masques, mes dénuements, mes ambitions secrètes, mes rendez-vous manqués, mes peurs enfouies, mes renoncements, le déclin de mes absolus, la résistance des idéaux, des batailles, des certitudes, des doutes, toutes ces choses revêtues de leurs contraires, et puis mes mots pour les dire, mes silences pour les taire, mes yeux pour les porter, mon corps pour les trahir, et toute l’insuffisance des jours à les vivre : c’est fou ce que l’on peut déposer de soi dans le regard d’un étranger, mais il avait de ces yeux là, capables d’accueillir les bouteilles que les femmes un jour, jettent à la mer, ne gardant du flot que la virginité de l’écume.

J’avançais sur l’embarcadère, d’abord à pas lents, comme font les hésitants, puis à pas lourds, à pas encrés, je devenais l’absente et j’étais plus que jamais présente à cette vie qui m’emplissait, me tremblait, me débordait, saisie de couleurs, parcourue d’émotions, empreinte d’infinis bleus, habitant la temporalité mauve du poème de vivre.

 

J’avançais sur l’embarcadère, d’abord à pas lents, comme font les hésitants, puis à pas lourds, à pas encrés, l’instant devenait mon seul contexte, et pesait plus de poids sur mon existence que toutes les décisions desquelles j’avais tout au long de ma vie cru choisir les incidences, je parlais à l’absent, à la fuite, au mouvement, à l’abandon et à l’errance, à l’inconnu foulé de mes pas, l’horizon s’écrivait dans mes yeux sans besoin de mot, sans nécessité de moi, le monde vivait sans que je n’essaie de le posséder, nu de mon nu, dépucelé de mon emprise et de cet effort vain à le traduire, je rejoignais la vie qui me ressemble, ne cherchant plus dans quel imaginaire rencontrer son visage ni dans quelle rue croiser son rêve, c’était comme l’envol d’hirondelles, le retour des soleils migrateurs, de petits pointillés blancs, la promesse des îles sous le pli de leurs ailes, c’était de cette vie qui conjure le sort et provoque les cieux sous lesquels si souvent on se laisse aller à n’être que trop tôt morts, c’était l’enfance réinventée sur les lèvres du temps, le tendre éclat, la douce fossette, de ceux qui n’ont plus d’âge, c’était de l’amour arraché à l’arrogance,

c’était demain, ce sera hier, j’avance sur l’embarcadère, à pas lents, et je te rejoins mon amour, comme une note vers l’évidence de sa propre justesse.

 

Commentaires

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Ecrit par : )( | 27.06.2009

La fin serait d'être sans fin ?

Ecrit par : S. | 27.06.2009

L'infini désœuvre.

Ecrit par : )( | 27.06.2009

Votre écriture se modifie, elle devient plus longue, plus construite, plus élaborée. On doit relire pour bien comprendre où tu vas (même si, en définitive, peut-être que tu ne vas nulle part : car l'écriture va t-elle quelque part ? Oui je sais elle va vers l'Amour me répondras-tu sûrement...).

Ecrit par : Mikel | 27.06.2009

Non. Ce serait trop simple.
Vers la vie, peut-être.

Ecrit par : S. | 27.06.2009

"J'avançais sur....", à chaque répétition de cette phrase, je "voyais" les pieds de la photo avancer puis s'arrêter et avancer de nouveau.

Quais de gare, embarcadères... ça sent les vacances, ça !

Ecrit par : Mû | 28.06.2009

PS : au fait... "Prunelles" c'était toi aussi, non ? Je l'avais dans mes liens l'an dernier.

Ecrit par : Mû | 28.06.2009

"habitant la temporalité mauve du poème de vivre..."

Vous me donnerez l'adresse?..Pensez-vous qu'il reste des chambres?!

Ecrit par : Blaise | 28.06.2009

Un texte à couper le souffle, les mots chantent juste et me sens bien dans ces vagues de la vie, envie d'emboîter mes pas dans ceux de cette belle photo et partir.........

Ecrit par : gl | 29.06.2009

Mû... Oui, c'était bien moi. J'ai gardé cette petite parenthèse discrète, mais bien présente, là en haut, à droite, dans un avant, un ailleurs.

Blaise... Je souris !

Gl... Emboitons nos pas, et chaussons nos bottes de sept lieues.
"On a tous un bateau dans le coeur..." n'est ce pas ?
Merci, du fond du coeur.

Ecrit par : S. | 29.06.2009

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