23.06.2009

L'adieu qui suit le train

brassai_prostitute.jpg

 

 

Elle fut le tableau noir de sa déshérence, la muse des encres creuses et du silence, venue hanter les murs du soir, une présence dans cette suie des heures peureuses.
Il avait repris le pinceau, pour prolonger son regard, dans l'amnésie des autres peaux et devant l'éternel de ce corps là.
On laisse parfois traîner nos histoires le long du court chemin… Comme on laisse tomber un mouchoir

Dans l'adieu qui suit le train.

Elle fut le recueil de ses poèmes sur le tableau noir de l'espérance, une tache dansante sur l'écran des deuils et des  renaissances. L'épistolaire fait le trottoir des amants, la main s'éprend du lit de feuillets où s’étreint la bougie éteinte des firmaments… comme on fait l'amour à nos regrets.
Il aurait brûlé ses doigts pour l'écrire : cette silhouette défaite sur le quai. La chevelure mouillée de son empire, sans cesse repartie vers d'autres chevets. Il lui restait les mots pour tendre au rêve, déchirer la couleur des jours tranquilles. Nos morts d'amour s'y relèvent comme des fantômes, paisibles.
On laisse parfois traîner nos histoires le long du court chemin… Comme on laisse tomber un mouchoir
Dans l'adieu qui suit le train.

On ne rentre jamais bredouille de ses amours. Un peu blessés, un peu à genoux, êtres nés d'un abandon ou de la bile d'un amour fou.
Elle fut le dessin de ses insomnies, le cri de Munch, les yeux d'Ella. Du triste poète à son parti, la femme avait relié quelques étoiles.

Pour le centenaire d'un amour, sa plainte dura mille ans. Puis elle partit au petit jour. La mort fait du boucan.
Aimer… à perdre la raison. Bien sur il devint fou, et sous la mine de son crayon, il y a elle, et puis il y a nous.
On laisse parfois traîner nos histoires le long du court chemin… Comme on laisse tomber un mouchoir
Dans l'adieu qui suit le train.

Si l'on disait un peu tous les murmures, tous ces sons en soi qu'abritent les nuits. Le vent sur nos soupirs, le temps dans les ratures, et le sang des vampires qu'on a séduits. Ceux qu'on aime et qu'on traverse, comme des rues désertes après la pluie, donnent le sens des averses, leur goût de tout du pire et de l'en vie. Le ciel se penche sur les souvenirs, vers les miroirs des yeux passés, et la nuit a bu tous les soupirs de nos mémoires satinées.
On laisse parfois faner nos histoires, sombres ou doux lendemains… A peine le temps d'un peu y croire que l'au revoir est dans le train. 

Commentaires

J'écoute aux portes de la beauté, elle fait du boucan ici. Je voudrais que cela dure mille ans, que dis-je, une éternité. Une folle envie de me perdre dans ses mémoires satinées. Tu me fais une place? Oh, une toute petite, mini mini... Après je retournerai chez moi les mains chargées de tes nuits....
Bises à toi, petite fille!

Ecrit par : Bona | 23.06.2009

Un homme pris dans un piège délirant ?

Ecrit par : Mikel | 23.06.2009

Bona... Tu écoutes, je sussure.
La place est vaste ici, qui t'attend.
Ma pensée, tendre, vers toi.

Mikel... Un piège délirant ? L'amour.

Ecrit par : S. | 23.06.2009

Tout chamboulé de faire votre connaissance,

Balthazar

Ecrit par : Balthazar | 24.06.2009

Vous qui me parliez d'émotions... plus que des murmures et des cris, c'est une vie qui transpire de toute son humanité et de sa beauté.
Merci.

Ecrit par : Lyliana | 24.06.2009

Toute chamboulée Balthazar par votre chamboulement.
Merci, d'en laisser trace.

Lyliana... Je prends vos mots, me fait petite, et m'en retourne errer dans vos détours.
Touchée.

Ecrit par : S. | 24.06.2009

Un petit rien d'amour, tant qu'il reste entendu, se prend à avoir des airs d'immortalité !

Ecrit par : Sylvaine | 25.06.2009

Oh comme ce texte résonne en moi et bouscule mes souvenirs de quai de gare et d'huile de lin.

Ecrit par : Mû | 26.06.2009

Nouvelle amie merci !
Comme le roi mage, ci-dessus, je suis très émue des quelques lignes que j'ai lu ici et celles qui précèdent....

Ecrit par : Hélène O | 26.06.2009

En effet Sylvaine... et l'écriture vient à l'endroit de cette écoute, provoquer un peu le temps et ce qu'il prétend faire mourir.

Mû... Sourire à tes souvenirs.
On laisse tant de nous sur les quais de gare !

Hélène... Heureuse de te connaître moi aussi !
Merci.

Ecrit par : S. | 27.06.2009

Ecrire un commentaire