19.06.2009

A Toi

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Je ne sais pas quand tu arriveras, si jamais tu viens, ou si tu existes déjà. Je ne sais pour ainsi dire rien de toi. Et puis je sais tout. Tu vis quelque part, dans mon rêve, depuis toujours. Tu es sans visage, et puis tu les as tous. J’ai cru te reconnaître parfois. Peu importe ton corps, peu importe le trait qui te dessine. Ce sont tes yeux qui te nommeront. Il y a à l’endroit où la pupille rencontre le monde, une lueur par où s’avouer sous le charme, amoureux.

Tu es de silence et de mots mêlés : un chant. Quelque chose qui s’envole et suspend le temps et remplit les hommes, quelque chose de tendre et d’inouï, la fragile émotion de vivre.

 

Tu me reconnaîtras à ma mélancolie. Comme moi, tu es attiré par l’ombre des choses. La face cachée des êtres, cette trace qui les pleure et les consacre, ce fil de soi où s’emperlent les jours. C’est toujours à une douleur, que s’accrochent les êtres… la perte d’une petite sœur un matin de printemps, le chauffard amoché, la fauche de vos premiers pas alors que vous appreniez la marche… le suicide d’un premier amour, le corps de votre jeunesse suspendu à l’arbre de votre vie, si tôt, trop tôt, l’image épinglée à votre mémoire  … l’overdose d’un oiseau trop jeune pour mourir, qui voulait que son chagrin ait des ailes, sa liberté un avenir…

C’est à rencontrer la lâcheté du monde, que nous en découvrons la grâce.

Sans doute la haine vient-elle avant l’amour…

Nous nous sommes déjà trahis mon tendre, il est temps maintenant de nous aimer.

 

Tu seras nomade, clandestin, enfant. Tu auras « l’odeur sombre des déroutes ».  Chaque chose en cette terre est vagabonde. L’écriture, le dessin, l’art n’encrent que des silences. Des indéfinis de plus. Mais je te dédicacerai mon errance, si je continue d’écrire, si je perçois encore assez d’absence pour me consoler de mots.

 

Je saurai tes défaites, tu connaîtras mes erreurs. C’est l’incomplétude qui nous pousse à nous lier, l’imperfection à nous raccommoder.

Si nous regardions l’autre avec l’indulgence que nous nous portons, le monde serait moins hostile…

 

Je ne sais pas quand tu arriveras, si jamais tu viens, ou si tu existes déjà. Je ne sais pour ainsi dire rien de toi. Tu es un inconnu, tu ne peux être que ça, il n’y a qu’avec l’inconnu que je choisirai de faire une vie. L’inconnu à chaque pas. Le mystère. Ce cristal de vivre qu’à la caresse de l’autre, j’avais peur d’ébrécher, et que je t’offre, avec moi, de polir.

 

Commentaires

bonsoir.

je rêvais l'arrivée d'un inconnu ,il avait le regard à polir les galets vagabons , ricochets de mes secrets
cet inconnu qui en silence me tenait par la main ,
me parlait de rien .

je connais que trop bien mon chemin , je l'ai approché , marchant en caressant mes pensées ,
allant vers ce cristal en secret...


j'espère qu'il vous lis ...

Ecrit par : voie appia | 19.06.2009

A chaque réveil, les mots en exil se souviennent que ce n'était qu'un départ fortuit et ils reviennent pour rester assis dans la mémoire et les contempler.

Ecrit par : Sylvaine | 20.06.2009

J'aime ce texte. Il regarde en face sa propre fragilité et se prépare au combat pour donner fruit à l'amour. Une grande part de vie se joue là. Tiens bon la barre, matelote ! ;)

Ecrit par : Blog_trotter | 20.06.2009

Moi, je vois dans cette écriture l'histoire de la femme-qui-attend-le-retour-de-son-amant et qui le pleure depuis toujours : c'est la matérialisation par écrit de la chanson de solveig d'Edvard Grieg qui raconte comment la femme de Peer Gynt (une sorte de Don Juan) pleure l'aimé, telle Hélène tissant sa toison en rêvant du retour d'Ulysse,

Bises !

Ecrit par : Mikel | 20.06.2009

J’aime cette écriture comme une poussière du monde, reine du monde. Une écriture où l’innommé est la plus présente des ombres, où la mort trop jeune n’a pas encore endeuillée complètement le souffle. Une écriture où l’actualité du méconnaissable, exilé des couchers de soleil dormant dans l’aube, est assise dans le fragile des mémoires, pour que se renouvelle le miracle du jour.

Ecrit par : B. | 20.06.2009

Derriere le mot se dessine un visage qui ressemble à tout ce que l'on ne connait pas...Une main suspendue au-dessus de ce rien qui espère....et qui ne bouge pas...
L'attente est un pas qui ne possède aucune empreinte, mais un désir d'être une trace, une direction, presque ce voyage dont le coeur s'enivre appuyé au bras de l'horizon...Mais, dans ce concert silencieux, aurions nous oublié cette âme toujours neuve sur le seuil de l'interrogation....

Ecrit par : varjac | 21.06.2009

Pas un de vos mots qui ne me touche, singulièrement...
Aussi ce silence, pour réponse, pour respect, vous laisser la place, c'est que j'en prends de trop par ici...

Merci.

Ecrit par : S. | 23.06.2009

J'ai lu il y a quelques jours, et ta parole surgit par instant dans mes jours et mes nuits comme celle tant attendue d'une histoire parfaite, parfaitement poétique, poétiquement exigeante, subtilement tendre, venue me bercer dans ma propre attente... Touche à l'infini du sentiment, l'indescriptible révélé par ses contours en fines touches rêveuses...

Ecrit par : complexus | 26.06.2009

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