09.06.2009

Un coup de dé abolit le hasard.

 

Nicoletta Ceccoli.jpg

 

Ce sont des instants opaques dont le mystère a embrassé tous les présages. De ces jours longs, de ces espérances vaines perforées de petites joies, de ces sourires modelés de circonstances, de ces silhouettes bancales, redressées pour l’image et qui vous font paraître hommes, femmes, passagers du même train. Pris dans cette attente qui n’attend rien que certains nomment chagrin.

Sur votre corps l’absence se répand comme l’ombre du crépuscule sur la ville en pleurs. Doucement. A allure d’homme. Et elle vous plonge dans cette vie qui fait semblant de vivre, portée dont personne n’aurait écrit la musique.

Dans cette vie où chaque mur renvoit un silence sans écho. Dans cette ville où ma voix s’épuise à te chercher. Toi. Un double de ton ombre. Une odeur. N’importe quoi. Une preuve du temps passé.

Mais la brume enveloppe le pavé des histoires mortes. Et la nuit repart avec nos valises d’espoirs sous son manteau ambré de lune.

 

Tout se mue sous le coup de la perte.

Les choix qu’on a donnés à l’autre, les moments de soi légués au vent, cette enfance à laquelle on a soustrait nos rêves… Ce parchemin qu’on a oublié d’écrire et qui nous laisse sans mot, et qui nous laisse sans voix, errance dépossédée de son exil.

Quand un soupçon, une parole, un silence, séparent votre amour de votre colère. Une fin, une petite fin de rien du tout, tout juste une fêlure et ce que vous étiez fier d’avoir accompli devient ce que vous regrettez d’avoir aboli. Ces histoires serties de hasards qui vous disaient de les suivre… Ces bris de vie sans avenir, qui continuent de tourner, sous vos yeux, souvenirs : oiseaux cloîtrés dans vos têtes.

 

Ce qui nous précède est trop mort pour qu’il ne soit pas urgent de vivre…

Alors, il faut ouvrir la cage aux souvenirs. Laisser s’envoler les sourires que l’histoire a déçus, ces jours sans lendemain comme des poèmes sans dédicaces. Rendre leur liberté aux inséparables qu’une alouette a déliés.

 

A chaque chagrin que nous quittons, un monde nous attend, avec ses visages, ses bateaux, les yeux de la mer et ses bagages pour demain.

De ces ciels démesurément humains.

Pour qu’à l’aube du dernier voyage, nos yeux aient cet éclat de ceux qui ne regrettent rien.

Commentaires

...

Ecrit par : ... | 09.06.2009

Une attente sans lieu ni visage n'est-elle pas une attente vaine ?

Ecrit par : S. | 09.06.2009

...

Ecrit par : ... | 09.06.2009

Humm ...Me ressource...ici ..toujours...shuttt...
So beautitiful...
You are...

Ecrit par : IsaBercée | 09.06.2009

... : ...
Evidemment.

Merci Isabelle, ta présence aussi est une ressource tu sais.

Ecrit par : S. | 09.06.2009

Alors se trouve là , en tout lieu de la vie

ancré dans l'attente

toute la dimension esthétique des silences
qui sont écrits .

Ecrit par : voie appia | 09.06.2009

" Ajouter que de cet emploi à nu de la pensée avec retraits, prolongements, fuites, ou son dessein même, résulte pour qui veut lire à haute voix, une partition "....

Un coup de dé jamais n'abolira le hasard.
Mallarmé.

Ecrit par : Ségolène | 10.06.2009

Voie appia... De très jolis mots, qui me touchent particulièrement.

Merci Ségolène pour cette citation de Mallarmé. On ne peut plus appropriée.

Ecrit par : S. | 10.06.2009

Lecture matinale, pour entrer au jour par la plus douce des portes...

Ecrit par : complexus | 11.06.2009

Quelle justesse dans le ton, les mots, les silences ...
Votre écriture est pour moi une belle mélodie qui m'émerveille ...MERCI !!
Bref vous êtes ma tasse de thé préférée ...J'aime vous lire !!!

Ecrit par : JADE | 12.06.2009

Merci à tous les deux...
Moi aussi j'aime vous lire.

Ecrit par : S. | 13.06.2009

Parce que parfois les mots des autres transcrivent ce que nous ressentons sans même le savoir.
Ainsi un écho naît d'une improbable rencontre alors que depuis des années, le silence est maître de vos lèvres immobiles.
Alors que vous emprisonne une impuissance à dire.
Que vous emmure une solitude de granit.

La main tendue vers l'autre reste ouverte et vide.
Il reste au fond de votre regard une quête, presque un espoir. Indicible.
Mais Stérile.


Vos mots, S., sont entrés dans ma vie à un moment où j’avais besoin de les entendre comme pour me rappeler la valeur du temps et de nos êtres.
Ils m’ont accompagnés ces dernières semaines et m’ont aidée à ouvrir la cage.
Merci.

Ecrit par : eligeia | 03.07.2009

Vos mots me touchent. Beaucoup. Plus que je ne sais dire.
Voyez, comme ils savent également vous abandonner, laches, les mots, quand il s'agit de dire qu'on est troublé, ému, vibrant d'un partage absolu.

Vous touchez là à la moëlle du geste. Par laquelle seule, le mouvement vaut d'être poursuivi, embrassé.

Votre ressenti, intact, pur, tord lui aussi un peu les barreaux de ma cage.
Par où la lumière...
A l'écho intime de nos improbables rencontres !

Merci...

Ecrit par : S. | 04.07.2009

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