03.06.2009

Un amour, quelqu'un

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Aujourd’hui encore, tous racontent ce voyage. Chacun à sa manière. Tous, sans l’avoir jamais vu. Peu importe. Ils ne cesseront jamais de le raconter. Pour que personne ne puisse oublier combien ce serait beau si, pour chaque mer qui nous attend, il y avait un fleuve, pour nous. Et quelqu’un – un père, un amour, quelqu’un – capable de nous prendre par la main et de trouver ce fleuve – l’imaginer, l’inventer – et nous poser dans son courant, avec la légèreté de ce seul mot, adieu. Ce serait merveilleux, vraiment. Elle serait douce, la vie, n’importe quelle vie. Et les choses ne feraient pas mal mais s’approcheraient, portées par le courant, on pourrait d’abord les frôler puis les toucher et seulement à la fin se laisser toucher par elles. Se laisser blesser même. En mourir. Peu importe. Mais tout serait, finalement humain. Il suffirait de l’imagination de quelqu’un – un père, un amour, quelqu’un. Lui, il saurait en inventer une, de route, ici, au milieu de ce silence, sur cette terre qui ne veut pas parler. Route clémente et belle. Une route d’ici jusqu’à la mer.

Alessandro Baricco, Océan mer.

 

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