03.06.2009

Et puis ça se tait...

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Et puis un jour, ça se tait. C’est comme ça. Il ne prévient pas le silence, il est déjà là depuis longtemps, comme un présage, une évidence, la promesse tue des ombres à revenir nous habiter. Tous ces murmures qu’on avait dans la poitrine, tous ces feuillets dont on recouvrait nos vies, toute cette encre encore qu’il nous fallait pour chanter le monde. Trouver la juste mesure. Le balancier de l’être. Les vers, les voix, les livres, les vies qui attendaient de nous que nous leur prêtions, sinon nos pas, au moins nos traces.

 

Un jour ça se tait, la petite musique qu’on a dans le cœur. Et ça vous laisse là au beau milieu de nulle part. Ca pourrait ressembler au désert mais c’est encore un peu plus dépeuplé. Encore un peu plus pâle. Avec une poignée de doutes pour une coulée de larmes. Et toute colère rendue vaine, soldat sans arme, pluie sans odeur, songe sans vertige.

 

Un chagrin sans métaphore est un chagrin nu. Allez demander au peintre de quel regard il se prolonge quand le ciel auquel il assiste le prive de ses couleurs… Au musicien, quel bourdonnement le hante quand devient intraduisible son pouls… Aux amants, quelle tendresse arrachée, moitié de soi, les soustrait au jour quand siège l’absence… Un jour, ça se tait, et le peintre, et le poète, et le musicien, et les amants restent avec au creux de leurs paumes, des livres sans voix, sans couleur ni baiser pour repeindre leurs rêves.

 

Un chagrin sans métaphore est un chagrin nu.

Et l’amour est cette rêverie du voyage, par laquelle le poème des hommes console le monde.

 

 

Commentaires

Je ne sais pas si elle se tait tout à fait la petite musique qu' on a dans le coeur... Il reste au moins un murmure, non ?

Magnifiques vos mots. Comme toujours...

Ecrit par : Agnes D | 03.06.2009

Vous avez raison... elle ne se tait jamais tout à fait la petite musique. Comme la vague, elle va et revient.
De murmure en murmure, voilà que ça nous constitue une vie.

Merci, Agnès...
Vraiment.

Ecrit par : S. | 03.06.2009

Pour entreprendre heureusement le long voyage risqué de son apothéose il lui faut fuir parfois l'impatience grossière de nos coups d'archets assassins...

Ecrit par : )( | 04.06.2009

Jamais réussi à décrire cela sans pathos... Ces essoufflements du désir, jour-néant comme je les appelle - enfin, ce sont eux que j'entends ici - où la musique a résisté sans devenir plaintive.. Bravo !

Ecrit par : complexus | 04.06.2009

Je lis. Relis. Me tais.
C'est juste Beau. Avec ou sans musique. En noir et blanc.

Ecrit par : Mû | 05.06.2009

Bravo, quelle belle chanson !

Ecrit par : michel, à franquevaux | 06.06.2009

La musique n'est pas une muette !
Mais la muette sait entendre et écouter.

Ecrit par : Sylvaine | 08.06.2009

Je voudrais pas présumer de lumières que je n'ai pas, ni me prévaloir de connaissances foldingues en la matière... Mais, comme souvent dans tes mots, me semble reconnaître quelque chose, un lieu familier, une errance pas étrangère... Cet écueil dans tu brosses les ombres, avec toujours ce talent qui n'appartient qu'à toi et que j'apprécie énormément, m'est avis qu'il fait cairn sur notre cheminement, comme le temps de savoir où on en est, avant de poursuivre... A l'instar des déserts à traverser, ça dure parfois un bail, mais c'est pas nécessairement définitif...
Enfin, encore un coup, c'est pas une leçon, juste une réflexion partagée sur ce que ça m'inspire...

Ecrit par : Bifane | 09.06.2009

)( ... Oui...Vrai que notre impatience est parfois grossière.

Complexus... Ce "jour-néant" me parle, L'expression est aussi belle que juste.
Pour le reste, un merci tout particulier.

Mû, je reviens par chez toi de l'anamour. Souvent en ton lieu, les choses tombent juste, exactement où je les espérais sans les attendre.

Michel, merci. Heureuse de te lire ici.

Sylvaine... Tellement vrai. Je me tais. M'incline. T'embrasse.

Bifane... Il y aurait trop à dire quant à ton commentaire. Que loin de prendre comme une leçon... je lis comme un partage, familier oui, et important, pour moi.
Merci pour tout ça.

Ecrit par : S. | 09.06.2009

Je découvre ici, (re-découvre) votre univers clair-obscur, vos mots superbes , tout un monde élégant. merci.

Ecrit par : frasby | 14.06.2009

Alors je vous suis reconnaissante de me permettre de redécouvrir le votre...
Merci.

Ecrit par : S. | 14.06.2009

Et puis ça se tait...Et puis ça me plait!
Marre de dire "...que c'est beau" de n'avoir que les mots de tous les jours pour le dire. Les mêmes que vous transfigurez pourtant.

Ecrit par : Père Blaise | 15.06.2009

Père Blaise... Merci pour cette présence qui ose se dire. Avec des mots de tous les jours ? Peu importe, nous n'avons que ceux-là de toute façon. Là est toute la force du pari dont nous les revêtons.

Merci !

Ecrit par : S. | 16.06.2009

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