01.06.2009

La musique

Jeanloup Sieff.jpg

C’est la musique qui est difficile, voilà la vérité, c’est la musique qui est difficile à trouver, pour se dire les choses, quand on est si proches l’un de l’autre, la musique et les gestes, pour dissoudre le chagrin, quand il n’y a vraiment plus rien à faire, la juste musique, pour que ce soit une danse, un peu, et non pas un arrachement, de partir, de se laisser glisser loin de l’autre, vers la vie et loin de la vie, étrange pendule de l’âme, salvateur et assassin, si on savait danser cette chose-là, elle ferait moins de mal, et c’est pourquoi les amants, tous, cherchent cette musique, à ce moment là, à l’intérieur des mots, sur la poussière des gestes ; et ils savent que, s’ils en avaient le courage, seul le silence pourrait être cette musique, musique exacte, un vaste silence amoureux, clairière de l’adieu, lac fatigué qui s’écoule enfin dans la paume d’une petite mélodie, connue depuis toujours, à chanter à mi-voix.

Alessandro Baricco, Océan mer.

Commentaires

Te va bien, va bien à ton écriture du moins, au moins, je trouve... Aisé d'imaginer qu'il puisse y avoir écho. Beaucoup de musique ici, de toute évidence.

Ecrit par : complexus | 01.06.2009

Une petite musique singulière, voilà ce qui étrangement se dépose en quintessence dans la mémoire, longtemps après la cacophonie assourdissante d'un adieu.

Ecrit par : )( | 01.06.2009

quand je dis "ici", je dis chez toi...

Ecrit par : complexus | 01.06.2009

Ô ! merci ... un roman absolument magnifique... à mon sens le plus réussi de Baricco... un livre écrit avec la musique et le silence de la mer... alors se poser là sur le sable et écouter... suivre tous ces personnages sans se soucier de ce qui est réel ou non... Ô que j'aime cela...

Il n'est pas surprenant de trouver un extrait d'Océan Mer ici... tout cela vous ressemble tant

Ecrit par : Maria-D | 01.06.2009

)( Oui... la petite musique singulière. Un blues du fond de l'âme, du fond de l'histoire. La beauté faite rumeur, le pouls fait murmure.

Maria... Oh, je ne peux pas en parler, pas encore, tant ce livre (reposé ce matin) est encore à vif, là, tout tremblant en moi.
Il n'y a rien de plus déroutant, je crois, qu'une écriture qui vous ressemble et vous rassemble à ce point.
Mais non, je ne peux encore dire. La vague n'a pas encore quitté le sable...
Rien d'étonnant, non, à ce que vous aussi vous l'aimiez...
Je vous embrasse.

Complexus... Le style, la petite musique disait Céline...
C'est vrai. Je ne sais pas s'il me serait possible d'habiter, d'imaginer même une vie sans musique. Sans musique et sans silence.

Merci... Toujours...

Ecrit par : S. | 01.06.2009

C'est un de mes livres préférés, et ce passage tout particulièrement. Il est d'une justesse... Avec, toujours, la grande musicalité des mots de Baricco.
"un vaste silence amoureux"... clap clap clap
;-)

Ecrit par : M. | 01.06.2009

Décidémment... Nous nous rejoignons bien souvent je trouve.
A bientôt M !

Ecrit par : S. | 02.06.2009

Très Belle musique.
Echo à nos souvenirs de quatres mains...

Ecrit par : balou | 02.06.2009

Disons que c'est une partition rare, qui aura du mal à se rejouer ailleurs...

Ecrit par : S. | 02.06.2009

C'est juste. Alors, laissons jouer le silence sur cette partition... les notes couriront d'elles mêmes.

Ecrit par : balou | 02.06.2009

"Tout le reste était encore néant. L'inventer, c'est cela qui allait être merveilleux..."

Ecrit par : S. | 03.06.2009

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