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24.05.2008

Ces albatros ...

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Marin. Une lettre médiane enlevée et c’est la main. La paume tendue de ces loups de mer. Une main sculptée par l’océan, une main palmée, faite assez grande pour recevoir les flots, les reflets d’argents et l’albatros qui parfois dans le vent, leur rappelle le visage d’un être aimé.

 

L’Escadrille phoenix, la taverne du port, cette comète entre ciel et mer, s’est relevée de ses cendres, belle, intacte, cale ré offerte aux hommes.
Elle a retrouvé son monde, sa mémoire, son rêve.
Ses secrets, sa pénombre, le mystère constellé de ses nuits blanches, ses rivières creusées de lune.

Avec elle, les visages de la mer sont revenus. Et nous ont souri. Et nous ont donné leur cœur entre deux exils.
Des figures loin des formulaires et conventions. Des corps debout dans leur vie, des regards qui savent la nudité de l’horizon et en ont extrait la pulpe de leur loyauté. Des imaginations debout dans leur sincérité, et qui à l’étranger réapprennent, la douceur du don.

Il y a Pierrot, dans sa longue gabardine noire. Silhouette presque surnaturelle à l’élégance fine. Quelque chose en lui émane de secret. Le Pierrot il était dans la marine militaire. Aujourd’hui il sculpte des proues de bateaux. Des bustes offerts aux lames des océans. Du beau sur le vital. Du superflu de l’âme sur le nécessaire des jours. Et il envoie des traces d’exil aux cœurs sédentaires. Des portraits de bateaux, des ombres d’oiseaux, des vues d’horizons. A ceux qu’il aime, il adresse l’amour de ce qu’il aime. A l’autre bout, reçu le sourire, reçue l’émotion, et la chaleur de l’écume.

Dans un coin, le cousin observe, se met en retrait pour écouter la mer. De là, il entend mieux les hommes. Caché derrière ses lunettes de soleil, il laisse son sourire se charger du regard.
Il a dû tremper ses yeux dans la vague pour les avoir si bleus. Des yeux perspicaces. Une jeunesse qui ne se trompe pas de vie. Ses mèches rebelles lui donnent un petit air de poète Ardennais. Il aime se confronter aux pères, les provoquer, les berner avant que de leur dire je t’aime. Ca se sent, c’est pour sa liberté qu’il est là, lui aussi. Pour fabriquer les souvenirs qui lui permettront de vieillir sans renoncer.

L’antépénultième du navire a un visage d’enfant et porte le prénom d’un présage. Robinson qui récite, du bout de l'amour et de la voix, ses odes à Ophélie. Son tarot de Neuilly, ne le prédestinait pas à cette vie là. Mais les prédictions, ça s’improvise. Comme disent les îlais :« Le hasard c’est une belle chose à condition que tu lui files un coup de main ! »
Il écrit des poèmes d’amour, Robinson, pour les femmes perdues et les bateaux naufragés. Il les rêves dans un tableau de Magritte, amazones envolées de son esprit.

Puis Franck, ah Franck, c’est la proue de l’équipage. Le phare et la tempête. Le guide et l’oasis. Franck il a quelque chose du héros de western moderne. Du bandit rustre à coeur d’artichaut. Un caractère, un personnage, un solitaire, un noble de l’âme. On dirait qu’il transperce ce qu’il regarde de son faisceau bleu au fond des yeux. Un homme beau et marqué. D’une beauté telle parce que marquée. Habitée de cicatrices et d’histoires. De révoltes et de désirs résolus. Une beauté courageuse.

Il a aimé les femmes… Trop. Trop aimé. Et trop de femmes. Puis, il a fini par renoncer. A l’amour, pas aux femmes.  Le marin ne s’attache plus qu’à sa barre et à son zinc. Entre les deux, restent quelques souvenirs qu’il essaie de fuir. C’est comme ça qu’il explique son métier, plus par lâcheté que par courage. Un vaste récit d’évasions. L’échappée belle devant tout ce qui ancre, plante, amarre. La panique de vivre les pieds sur terre. Il a aimé, puis il a choisi la liberté. La liberté sans toit, sans demeure, ni horloge. Celle de vivre avec le vent et la houle. Chaque matin, de dresser ses voiles d’albatros.

Il a fait le tour du monde Franck, en repassant chaque fois par la case départ de l’île. C’est ici, dès sa naissance qu’il a failli laisser sa vie, quand rue du secret, les eaux utérines se débattaient déjà pour qu’il hume le vent du large. A sa suite, ce furent des fillettes desquelles il apprit le sensible des sirènes. Depuis, il a du mal à doser cette virilité fragile, cette force charnelle qui a déposé un enfant dans un corps de rescapé. Alors il fait son rustre. Son vulgaire maladroit qui voudrait se battre en duel avec le monde quand tout le ramène à la caresse.

Ils sont beaux comme des astres, ces gars de la marine… Ils sont de ces êtres dont l’évidence vous  bouleverse. Quand il ne suffit pas d’une vie à des milliers pour se connaître, deux secondes suffisent à d’autres pour s’éprouver. Comme si l’histoire s’était déjà racontée, les souvenirs rassemblés, comme si la mer était recommencée. Comme si l’île suffisait à faire office d’intimité.
Qui l’aime aime aussi celui qui l’aime.
Et les exilés se reconnaissent à la loyauté de leurs rêves…



Marin. Une lettre médiane enlevée et c’est la main. La paume tendue de ces loups de mer. Une main sculptée par l’océan, une main palmée, faite assez grande pour recevoir les flots, les reflets d’argents et l’albatros qui parfois dans le vent, leur rappelle le visage d’un être aimé.

 

 

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Commentaires

Sublime...!
Emouvant et sublime....!

Ecrit par : Franck | 24.05.2008

Vos hommes; vos hommes.

Ecrit par : michel, à franquevaux. | 25.05.2008

Un récit vivant, une page de vie...jolie, jolie...
Merci.

Ecrit par : B | 26.05.2008

Bouleversant de vraie(s) Beauté(s). Merci

Ecrit par : l | 26.05.2008

le marin, une femme dans chaque port disaient t'ils ... une femme dans chaque pore aussi ... c'est l' ponpon et arrêtons là la rime portuaire, l'arrime mortuaire .

Ecrit par : naejlou | 26.05.2008

C'est extra? Non exquis ;)

Ecrit par : Mère supérieure | 26.05.2008

Encore plus beau quand c'est écrit... Mais ....il en manque un à l'appel ??? celui qui sur le port, droit sous sa casquette "mi-marin mi-mao" vous parle de l'Islande comme d'une ancienne conquête.
A défaut d'être sur l'eau, plein de nostalgie, certains disent qu'il fabrique un radot dans son jardin.... Touchons du bois....

Ecrit par : Balou | 27.05.2008

"Est-ce ainsi que les hommes vivent..." ... texte superbe et amoureux... merci

Ecrit par : Maria-D | 27.05.2008

ôtez la dernière et il sera mari à force de tendre sa main au joli mois de mai

Ecrit par : anonyme | 28.05.2008

ôtez la dernière et il sera mari à force de tendre la main au joli mois de mai

Ecrit par : anonyme | 28.05.2008

Vous avez du être la sirène de l'ile dans une autre vie, continuez de veiller sur ces hommes des vagues à l'écume bien blanche, vous me rappelez Pétros, le pélican à qui rien n'échappe de son ile de Mykonos.
Merci pour l'émotion donnée.

Ecrit par : gl | 30.05.2008

Un ample merci à tous vos mots...
Je devrai répondre à chacun comme il se doit, mais je préfère laisser le silence de mon émotion vous continuer.
Ce texte me tenait à coeur... pour leurs visages, leur générosité, leur belle humanité. Alors merci de les avoir ainsi accueillis. Oui, Merci.

Ecrit par : S. | 31.05.2008

Merci S., mais c'est toujours un plaisir de te lire sans quoi je doute que nous posions nos yeux ici.
C'est toi que l'on remercie de savoir faire suinter les mots et les phrases pour leur donner vie et nous transmettre des sensations fragiles mais ô combien trésaillantes.
Donc...au plaisir de te lire...bientôt, encore !

Ecrit par : B | 01.06.2008

Toujours cette belle écriture foisonnante et plus débridée ici, qui nous porte sur ses ailes de géant...

Ecrit par : Ray | 02.06.2008

" Et les exilés se reconnaissent à la loyauté de leurs rêves…"

C'est sans appel ! Merci Companera !

Ecrit par : . | 03.06.2008

Sensation étrange que tes mots et ton essence sont d’une communauté de chair. Malgré le virtuel, j’éprouve des frissons admiratifs.
Pardon de me dire ainsi, mais le désir était trop fort, et me voilà soulagé. Merci d’oublier très vite ce lâcher dire. Sourire à toi.

Ecrit par : B | 06.06.2008

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