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12.05.2008

Tout semble si loin

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Attendre, c’est finir.
Et recommencer de finir, sans cesse.


On n’arrive jamais au bout de l’attente. De son terme naît l’impossible. Le chaos. Vide inconsidéré des hommes.
Avant l’attente, il y aurait le début de l’histoire, par où commence le monde.
Le sentiment d’avoir vécu est rare. Et éphémère. Et vaporeux.
Bref comme un parfum qui passe, comme un regard sans promesse.
Et les paysages s’encrent dans les débris de nos miroirs…

Tout semble si loin.
Nous. Eux. La ville. L’œuvre.
Tout erre dans la marge du texte. Les visages, les lieux, l’écorce, le limon du vivre.
Il faut trouver l’endroit du silence qui console les chairs. Ce tout petit brin de lien, ce fil usé qu’on nomme mémoire.
Je ne sais pas écouter l’instant qui vient. Déjà, je le conçois, je le rêve et je l’ampute. J’arrache au jour ses ailes de libellule.
J’aguiche l’impossible. Tandis que mes pieds restent soudés à cette réalité passable, je jette mes yeux dans l’imprenable.

Tout semble si loin.
Je pense à notre lutte. Un convoi d’idéaux qui partirait dans la nuit. Et je vois des escargots glisser sur le sol humide. Le pavé immense. Les corps valeureux.
Peu importe la victoire, peut-être. Nous payons comptant le combat.
Soyons poètes. Il vaut mieux manipuler le fantasme que la vérité.
Les branches d’un peuple élevées aux cimes de leurs rêves, que ce fût pour l’instant d’un cri ou pour une vie, sont autant d’espoirs plantés sur la peau de notre quête.

L’homme seul apprend à fermer les yeux sur le monde pour qu’il apparaisse. Et l’écrivain est celui qui attend le regard venu de cette nuit, entre le silence et l’horizon, et qui tient dans sa paume la lumière du vent.
Le faisceau entre les persiennes, la poussière d’étoiles que cherchent à attraper de petites mains. De petites mains d’avant le songe, emplies d’une nuit dont l’émotion ne sait que faire. De petites mains avec à l’intérieur, les premières pousses de l’arbre de vie. L’orée de l’histoire.

Si quelque rêve venait à faire ricochet au lit de mon ruisseau, il se pourrait bien que je le suive…

Commentaires

Au début, j’attendais le car. Et ce n’est que parce qu’il tardait à venir que l’attente devenait longue. Mais c’est parce qu’il n’est jamais venu qu’elle est devenue interminable.
Depuis je n’attends plus de car. Je les regardes passer sans jamais les prendre et le me laisse imaginer là où je serais aller, si…si les cars existaient.

Ecrit par : B | 13.05.2008

attendre mai 2008 ?

Ecrit par : naejlou | 13.05.2008

Tu ne peux pas imaginer, naejlou, comme ton commentaire tombe dans le mil.
Oui, mai 2008, hier même, de la place d'Italie à la Sorbonne...
Des larmes, des violences, des espoirs.
...

Ecrit par : S. | 14.05.2008

Un souvenir,
"rien que ce doux petit visage, rien que ce tout petit oiseau, sur la jetée lointaine, à la sortie de l'hiver quand les nuages commencent à brûler, comme toujours quand l'air frais se colore, rien que notre jeunesse qui fuit devant la vie",
souvenir, souvenir, quel poète ?
et puis jetée, un "t" ou deux ?

Ecrit par : michel, à franquevaux. | 14.05.2008

Merci pour ce souvenir... Si beau... L'émotion toute proche, là, soutenue par ces lignes...

Quel poète, alors ?

Ecrit par : S. | 14.05.2008

Votre façon de dire l'attente
Est véritablement fascinante.

Ecrit par : Marianne | 16.05.2008

Je n'entends pas l'attente mais la désattente dans ton texte sensible..comme une privation de cette attente qui n'attend rien.

Ecrit par : "L'attente n'attend rien" | 16.05.2008

J'aime beaucoup cette phrase : Il vaut mieux manipuler le fantasme que la vérité.

Bonne semaine

Ecrit par : bruno | 19.05.2008

Vous lisant, je me dis ceci :

j'en n'attendais pas moins de vous.

Vraiment.

Ecrit par : Laurent Morancé | 19.05.2008

"Ces lois qui t'embarrassent au point de les nier
Dans les couloirs glacés de la nuit conseillère
Et l'Amour qui se lève à l'Université
Et qui t'envahira
Lorsque tu casseras
Les lois de l'oppression

Regarde-la flâner dans l'œil de tes copains
Sous le couvert joyeux de soleils fraternels
Regarde-la glisser peu à peu dans leurs mains
Qui formerons des poings
Dès qu'ils auront atteint
L'âge de l'oppression

Ces yeux qui te regardent et la nuit et le jour
Et que l'on dit braqués sur les chiffres et la haine
Ces choses "défendues" vers lesquelles tu te traînes
Et qui seront à toi
Lorsque tu fermeras
Les yeux de l'oppression...."

Pour ton souffle à "gauche", situé côté coeur.
J'y vois un peu de toi............

Ecrit par : Balou | 20.05.2008

CRISTALLISACTION

Rien à attendre
Pour l'homme d'action
Dont la contemplation s'inscrit
D'elle-même
Sur le strass des marches d'empire

Le mouvement comme seule réflexion
La couleur en myriade
La saveur en bandoulière
Et les torrents dans la bouche
Qui lui sert de main
A configurer des franges
Aux impensables limites

Tout dans l'action
Du laisser advenir
Comme un combat farouche
Aux extrémités des pôles
De l'équilibre

Dans l'assiette permanente
Les fragments d'horizon se fondent
En dénivelés d'aurore
En décompositions outrageuses
Et en formes sans cadre
Autre que la folie créatrice
Et l'illimitée frontière du cristal

Ecrit par : gmc | 20.05.2008

en passant ... bonjour

Ecrit par : naejlou | 21.05.2008

Tout ceci est si beau et si juste... cet éternel recommencement... de l'inachevé... merci

Ecrit par : Maria-D | 22.05.2008

Tu sembles si loin...

Ecrit par : BT | 23.05.2008

A tous merci.
Très peu de temps, en ce moment, pour faire vivre davantage ce lieu.
Des choses à sauver, à l'ombre des mots.

Pourtant, BT, je semble juste, en vérité, si proche.

Ecrit par : S. | 24.05.2008

La description de l'attente est totalement fabuleuse... et j'adore cette fin "Si quelque rêve venait à faire ricochet au lit de mon ruisseau, il se pourrait bien que je le suive…"
Quand dans l'attente nait un nouvel espoir... le chaos est proche.

Ecrit par : Babou* | 26.06.2008

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