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23.04.2008
La nuit tatouée sur la peau des territoires
Les lieux ont une nuit tatouée sur la peau de leurs territoires. Il suffit que le ciel s’obscurcisse pour que la vie transparaisse.
La nuit des lieux offre de lire dans ses entrailles, l’histoire dont les océans savent le secret.
La nuit d’une île est un opéra de paix. Comme si tous les sons des continents réunis observaient une longue minute de silence. Un point d’infini entre soi et soi. Un dénuement.
La nuit d’une île vous dit que vous n’êtes qu’homme et que cela suffit à s’imposer de vivre. De vivre et d’être heureux.
Mes nuits d’une île, elles, furent toutes aussi exceptionnelles que dissonantes. Mes pas ont toujours essayé de rattraper leur absence. Combien de temps faudrait-il rester pour me sentir appartenir ? Pour accepter de quitter sans risquer de perdre… comme s’éloignent des amants sereins de retrouver le manque… Comprendrais-je en l’épousant un temps que je lui suis orpheline ou bien dévouée…
Il fut une nuit de feux d’artifices. Il fut des lunes dans les rigoles. Et des ombres dansantes, et des reflets de sourires aux sillons de l’eau.
Il fut une nuit d’enfance qui cachait sous son oreiller de quoi bercer l’imaginaire du noir. Des foules défilant sous mes fenêtres, des rires de ce que je serai bientôt, parfois même les baisers, du bout des lèvres dans mes pensées… le silence parfait, par saccades, et puis le vent, l’orage, et puis la mer. Le chant des sirènes. L’appel du phare. J’étais la rescapée du jour. J’apprivoisais des rayons de lune entre les persiennes des rêves.
Et demeurent ces nuits d’errance et de douceur marine. Des souvenirs à cacher au fond de soi, des visages de rois indigents, des marins, des chalutiers de rêves. Le partage d’heures bleues à la lisière des horizons verts.
Demeurent ces nuits d’utopie à bâtir sa sève.
13:33 Publié dans Ile en Elle | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
" J’apprivoisais des rayons de lune entre les persiennes des rêves. "
Pour mille raisons, merci pour cette phrase taillée dans le diamant.
Ecrit par : Laurent Morancé | 23.04.2008
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