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31.03.2008

Demain, dès l'ombre

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A l’ombre... c’est la peau intacte des jours anciens. Le pouls du temps arrêté dans les veines du passager. Les battements qui frappent la mesure d’on ne sait quel hymne. D’on ne sait quel poème. Un de ces refrains d’enfance aussi familier aux émotions qu’étranger au souvenir. La caresse oubliée dans l’écume.

A l’ombre... c’est le nomadisme des heures et l’instabilité  des songes.
On se souvient des désaffiliés arrachés à leur folie.
Qu’il est long le renoncement. Le retour des affranchis. L’abdication de la lumière.
A l’approche des mendiants d’hier, la nuit aura encore le temps de se soumettre, l’espace d’assujettir le rêve.
Jadis, nous savions refaire le monde, entre quatre yeux. Suffisaient les miroirs aux caniveaux et leurs débris de lune.

Aujourd’hui, la seconde passée, déjà, est inaccessible...

Nous avions couché là, dans nos regards, les reflets que nous rêvions d’être. Statues encore calcaires,  dont l’effritement faisait la force. L’abandon n’avait pas encore usé ses dents sur la carne des idéaux.
Le possible oubli. La hargne.
La soif d’être abouti.
Puis, il fallut bien apprendre... à n’être que peu. Les uns pour les autres. Chacun pour soi. Si peu l’ensemble, si peu le ciment, la lie de nos désirs. Si peu les miroirs, le spectre déformé de nos énigmes. Si peu qu’autant être seul.

Demain, nous amenderons le désir.

A l’ombre, c’est la pensée obscure qui s’accroche à un éclat de soleil, là, dans les frissons du lac. Le regard sauvé de la contemplation. Totalité et Infini. Hors cadre de l’homme, lisible après lui-même.
Le souffle qui fait du bouche à bouche au rêve.
L’être venu au secours du vivant.
Demain, on s’aime.

 

30.03.2008

Visage de l'exil


L'exil n'est pas voyage. L'abri n'est pas demeure. 
Pourtant, l’affiliation laissée dans son envol...
Pourtant, les pas forcés des migrants... Les empreintes léguées au sol de leur mémoire. Forcés de quitter la terre du premier cri, la glaise d’enfance, et la caresse, et le ventre, les pages du récit.
Cri d’amour coincé dans la gorge du silence. Métaphore mal éteinte. Et l'on amnistie pas les sans délit.
L’exil ou l’impossible deuil de soi.

 

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29.03.2008

Bribes


Partant du constat que le monde est un construit, la liberté un point de vue et la mémoire une illusion, le bonheur est bien peu de choses.
L’art par contre a de quoi forger la seule vérité qui survive: le rêve.
L’enveloppe perméable de nos promesses.

 

§§§§

J’écris sans cesse n’écrivant plus.
J’écris sans cesse de ne plus écrire.
Commencer à l’endroit de la fin.
Ciconvolutions humaines.

§§§§



Le propre du bonheur est d’être toujours vécu pour la dernière fois.
Ma joie tient dans ce rêve qui fait des ricochets dans tes silences.
N’atteint jamais son but, ni n’abandonne.

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27.03.2008

La caresse Dansée


Parce que le geste du peintre est caresse. Forcément. On ne peint pas comme on se bat. On ne peint pas comme on se meurt. C’est un frôlement. Un glissement de peau sur les surfaces du monde. Matière contre matière. Cuir contre cuir. La main effleure le sol des pas. Progresse dans les cendres du jour pour ranimer le foyer d’enfance : cette braise encore chaude sous les rameaux. Mirage. C’est un cri confondu en murmure. Une étreinte enlacée dans un dernier soupir. Couleur : souffle éteint du peintre qui donne à sa main, le désir d’éterniser.

Parce que le mouvement de la danse est peinture. Allègement de soi. Eclaboussures de corps portant à leur traîne le poids des rois. Talent du vent à devenir grain.
Parce que la main du peintre danse. Fait crisser le plancher de la toile. Se courbe. S’appuie. S’éloigne. Entame la valse passionnelle de cette paume sur la toile, partie en exil, au-delà du cadre, au-delà d’elle-même, à la croisée des hommes. La main valse avec sa tendresse. De toute sa grâce et de toute sa violence. Combat de loups. Oiseau redevenu frêle entre les bras de la beauté.

Et la caresse peint sur l’étoffe des corps la fresque d’attente. La membrane mue. L’écorce est parchemin: hiéroglyphes des doigts qui l’ont composée. La caresse dessine ses paysages, encre sa mémoire dans le frisson qu’elle parcourt. Chorégraphie de tremblements. On ne peint jamais la même toile.  Calligraphie du désir. On ne caresse jamais deux peaux de la même main.

Au fusain la folie d’être deux, du bout des doigts le boléro des aveux, et le souffle des jours sous la caresse dansée.

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                         Bona Mangangu, Caresse Dansée

      (Retour d'aimable non autorisation, de diffusion et d'inspiration...)

25.03.2008

Infini(E)

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Finalement,
La détresse n’a pour patrie qu'un infini désir de vivre
Mais ce que le langage, après la joie, laisse à sculpter, sont les gravas de son absence ...


Quelque chose palpite quand tout a fui et ma phrase continue de se tordre comme cet espadon sur le pont du navire lutte contre sa mort,
La flèche des hommes dans le ventre.

Corps poétique
Fait de nerfs et de ligaments
Toujours replié sur sa plaie,
Sur sa patrie : son infini désir de vivre.

23.03.2008

La cabane aux oiseaux

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Dimanche. Aurore constellée.
Le ciel tombe en paillettes sur le sol. La cabane aux oiseaux aussi bancale que moi, désolidarisée de son socle, en équilibre précaire, se couvre de blanc pour l’image. Les métaphores sont avant tout la conquête du réel. A l’imagination, le seul geste de traduire...
Le chat étale son sommeil sur la couverture. Et porte un regard hostile sur mes mots. Il sait que la main qui écrit se délie dans le tricot de syllabes...
Si je m’attache au décor : le nom des inconnus me parle de moi. Klimt, Char, Léo Ferré, Schiele, Beckett...
Au mur, une femme se soulève de sa tendresse rose. Fait de son nu mon combat.

En face, alité, Joë Bousquet me regarde. Même regard hostile que le chat. Presque miroir: Une pile de livre pour ligne d’horizon, un drap de feuillets, des toiles aux quatre angles tissées par l’araignée de la passion, une plume vacante... Est-ce sa chambre que je regarde ? Est-ce la mienne ?
Qui du paralysé ou de l’inerte a le regard mobile?

Comment ces corps de mots et de couleurs font-ils pour décrire si bien ce qui se passe sous ma peau ?
Sa propre énigme est toujours celle d’un inconnu...

Et je confie le ciel de ce dimanche au toit boiteux des oiseaux. La métaphore, si elle n’apaise, abrite au moins la déshérence d’être homme.

Soliloque

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L’amour ... partition à quatre mains.
Toujours. Pourtant. Demeurons seuls à composer.
Paleur univoque des apartés.

Le désir,
Amoral par principe
Métaphore In Absentia
De sa propre douleur
De son propre poème.

Qu’attend la nuit pour se presser de vivre ?
Qu’attend l’attente à ne pouvoir s’étreindre?
Il sera temps, plus tard, de goûter à l’ennui...

Penser... encore... est accessible
Mais sentir. Sentir !
Il eut fallu plus de courage.

Alors, Juste
Se contenter
Aimer l’amour. Et fendre
La coquille de demain.

Il est tard
Le crépuscule rosi.
Demain,
Je quitterai ce cri.
 

22.03.2008

L'horizon d'un homme à l'horizon de tous

“ Le seul abri possible c’est le monde entier
Vivre aujourd’hui pour moi c’est répondre aux énigmes
Et nier la douleur aveugle de naissance
... Vivre se perdre afin de retrouver les hommes. ”

Paul Eluard

 

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Sérénité

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“La sérenité ne peut être atteinte que par un esprit désespéré, et pour être désespéré, il faut avoir beaucoup aimé, et aimer encore le monde.”

Blaise Cendrars

 

                                                                                   

20.03.2008

L’ami Pierrot

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C’est un ami imaginaire. Un complice de sable qui s’effrite à l’approche du jour.
Jadis il eût une voix. Vous lui parliez. Frottiez vos cordes vocales contre l’ampleur d’un silence. Il fut tigre. Il fut frère. Lutin, servant, libellule, chiffon, poupée, chimère à rattraper les étoiles. Il portait toute l’ambition de vos faiblesses.

Pour le rejoindre, un peu plus tard, vous abandonniez des bouteilles à l’écume des ruisseaux. Vous aviez hérité d’une arme, vous saviez écrire. Le radeau de vos mots sauvait votre petit corps de la noyade. Et le message descendait le cours, s’éloignait et se heurtait aux pierres. Et le message restait à quai, blotti dans votre regard inquiet.
Ce jour là, vous deveniez  poète.

C’est une présence de l’ombre et de la nuit. La veilleuse qu’aucune main n’éteint. La comptine qu’aucune voix n’avorte.
Il vient murmurer à l’endroit de la douleur et réchauffe les cris sous les draps d’une lueur, partiel et diffus espoir. Survie. Peu à peu, il console, intègre et construit ce que vous nommerez solitude.
Il vient à la place du soupir, discréditer le monde. Il vit à l’endroit ou meurrent les secondes. Rescousse fragile et éphémère rescapée des chrisantèmes.

C’est un ami imaginaire qui vous aide à devenir grand. A devenir cet enfant que vous rêviez d’être.
Plus tard, vous l’abandonnerez. On vous mettra sur la voie. On signera pour vous, le registre des disparus. Avec lui, ce seront vos idéaux, vos rêves, la fiction palpitante de votre destin, qu’on vous dira d’enfouir.
Les grands peupliers au rythme des saisons, allongeront leurs ombres.
Et l’ami Pierrot fera semblant de mourir.

Pour peu que vous écoutiez la rumeur de votre enfance, vous le retrouverez,
Bouteille revenue des horizons de glace
Main héritée des silences
Intact,
Entre les pages du livre ou de l’amant.

 

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