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28.02.2008
Dé-Faite
Il en est là de la défaite des hommes.
Il en est là du ciel rageur et peureux, des éclats rouges sur le tourquoise des dieux.
Il en est là de la guerre. Le visage décomposé par la terreur et le corps déjà raide d’enliser ses tremblements.
Il en est là, à chercher les prétextes de sa mort à l’ombre d'une belle cause. Ne trouve que la plus grande honte de l’humanité.
Il n’a pas même atteint l’âge d’imaginer sa fin.
Il n’a pas encore rêvé de rendre l’âme entre les bras d’une femme, ou bien de se jeter du haut d’une falaise... fondre le dernier instant dans le vol d’un oiseau...
Il n’a pas choisi de se retirer seul dans le vestibule noir ou de serrer le chagrin fragile d’une paume amoureuse. Il n’a pas pensé le dernier cri qu’il lâcherait à la gueule du monde avant de le perdre.
Aucune parole ne pouvait plus naître ici.
Le langage avait rendu ses armes à l’instant où les hommes s'en étaient saisis.
Son cri ne serait qu’un silence.
Un silence parmi des milliers.
Un peu moins de sens, à chaque nouveau corps.
Un silence de plus dans la fosse commune des silences, où s’entasseraient depuis nos livres et toutes nos métaphores.
D’où la beauté ne se ressemblerait plus dorénavant.
Qu’aucun hymne, qu’aucune mémoire ne saurait jamais plus sauver. Tout juste identifier.
Il est au présent dans ma vision. Il est à l'éternel. Je suis davantage au passé que lui. Je suis l'abîmé de sa mémoire.
Chaque bosquet de mon désert familier avait donc caché une vie... Chaque récif avait été le bouclier d'un souffle...
Et j’en étais là de ma propre défaite.
De ma chute de femme à n’être qu’homme.
Je tenais ce morceau de métal entre mes doigts. Sans savoir de quel camps il revenait, de quelle histoire. Sans connaître son crime ni son sang. Je tenais une balle qui avait, absurde, respiré plus que bien des hommes.
Et j’ai imaginé ma fin, mon songe de dénouement. Pris de l’avance sur les décombres. Et à pouvoir rêver l’ultime j’ai touché le derme des sources.
Et j’ai écrit, puisque la chance m’était donnée de signifier. Le choix de dire.
Et j’ai écouté le silence d’une autre matière. Un silence caressé par le chant des mésanges et la palabre du vent.
Et j’ai regardé la beauté qu’aucun massacre humain ne pouvait atteindre, l’oeuvre vierge de main, témoin des meurtres d’hier et de demain, cet antre résistant qui avait abrité ces valeureux, ces collaborateurs, ces pieux, ces hommes... belle nature qui n’a que faire de l’allié ou de l’adverse.
Et j’ai pleuré sur ce morceau de fer entre mes doigts.
Ma peau le devait au métal.
Ma vie à leur mort.

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27.02.2008
Nous Deux
17:28 Publié dans Ile en Elle | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
24.02.2008
L'espace d'un rêve
Pourquoi toujours, le rejoignait-elle dans l'espace clot de ce rêve ?
(- Comment me désires-tu ?
- Comme un enfant...)
Elle tournait les pages de sa vie comme celles de ces vieux livres qui ont oublié de s'ouvrir, boutons d'or encore à défleurer.
Elle plissait ce qui lui restait de regard, pour entrevoir entre les feuillets collés, les mots de son avenir.
"Les miroirs avaient abandonné jusqu'à l'orgueil de leurs serments. A ses tempes..."
Tambourinait le souvenir ? Coulait la chevelure emmêlée des images mortes ? Venait frôler la tendresse d’une main perdue ?
Le format de ses jours laissait poindre le doute.
( Je est un autre...
Toi ? )
Et chaque fois, elle revenait sans sursaut, s'éveillait de sa belle mort, les yeux grands ouverts de ne plus voir.
Dans ces moments là, aussi brefs qu'intenses, on eût dit que le ventre se vidait, creusé par du trop de réalité.
Elle n'allait jamais jusqu'au bout du songe. N'atteignait jamais la fin de l'histoire. Elle pliait, elle aussi sous la lumière, dans le retour des heures et des regrets, comme avant, comme demain.
Tout, en attendant demeurait intraduisible. Elle savait qu'au delà de ce couloir où elle se réveillait, c'était son désir, entier, plein, dont le tangible à coups d'angoisses la séparait. Ainsi font les rêves qui s'alarment de ce que l'imaginaire pourrait avouer de plus vrai que le réel.
- Je crois bien qu'il a plu tous les jours, depuis toi.
- Je vois le soleil poindre dans l'aube. Nous l'attendrons ensemble. Charognes à renaître de la nuit.
C'était sur ces mots, qu'au bout du tunnel, le monde la récupérait.
Les écrivains épousent la parole, pour défleurer le silence...
Et la mer ressasse dans ses roulis les caresses des amants, tandis que leurs mots, déjà, ont aboli le temps, le baiser d'un été sur le front des froidures, l'éternité des ombres... l'espace du rêve...
12:55 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
21.02.2008
...
23:55 Publié dans Lies et autotelies | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
17.02.2008
Au Regard d'une Nostalgie
On passe sa vie à réécrire la première page.
La parole muette des tous premiers instants.
Quand nous ne savions pas encore, et combien de fois ensuite, ce qu'aimer voulait dire.
Juste l’aphorisme des mers inconsolables.
Paradoxe de l’expérience dans ce qui fut : ce message du passé entendu dans l'après.
L'après instant. L'après bonheur. L'après amour.
Juste un chemin qui nous façonne en nous reniant...
Pas une image. A peine une voix. Juste des mots déposés derrière l'écran des ans.
Des cailloux. Des talismans.
Mais des mots qui disent le visage et puis le corps. L'ombre inoubliable. Le parchemin des survivants.
Juste des hommes qui se croient hasards quand ils ne sont que sommes.
C'est aussi difficile à retouver qu'une île perdue au centre des océans.
L'origine du monde à soi.
Sa peau propre.
Là où porter des bouts mutilés de nos âmes vers une autre prière.
Juste
Au loin, le déchirement des nuages.
Un silence comme affaibli par la lumière.
Une plainte à écouter, pour se perdre au niveau de la vague.
Passé,
L’autre ici où naquirent et mourrurent les mots.
Et l'infamie que le monde dépose à ma porte périra avec ces tous premiers espoirs.
Et Nous serons quittes....
11:30 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
12.02.2008
L’ImagInée.
Mon amour, mon auguste amour
La main qui crée est celle qui détruit :
En l’oeuvre
Dans le rien du ciel et aux pieds de l’humanité,
La main qui crée est celle qui détruit.
Nous ne cessons de dire adieu à ce que nos mains façonnent.
C’est un peu la règle des jours, le jeu des hommes,
Sans lequel peut-être, juste respirer serait suffire.
J’ai caché quelques tendresses du passé
Dans le mausolée de nos silences
Elle est à pleurer,
La main qui porte le dernier sanglot de l'été....
Mon amour,
Le songe m’est devenu corps,
Quand j’ai commencé à te pleurer...
Te souviens-tu?
Quand j’érigeais tes oeuvres et que tu achevais ma vie?
Te souviens tu de la fin ?
Des aveux tremblants d’impuissance
Et nous savons bien comme suffire est loin d’être
Comme aimer n’est qu’attendre
Et vivre, implorer.
Elle est à pleurer,
La main qui porte la dernière pierre de la révolte...
Mon amour de presque pierre
Nous nous sommes créés puis détruits
Comme la main
Qui continue de manier nos corps.
Libres restent mes doigts de forger l’éteint
J’y vais de mon dernier souffle, j’y vais de ma mort !
La démence dit-on m’emporte
Quand On ne veut pas voir que c’est l’amour...
L’homme meurt sur la poitrine de l’éternelle idole
Ma main prolonge l’ajustage des bustes
La fonte des nus
Elle est à pleurer,
Celle qui grave dans la stelle, la défaite des amants...
Camille, L'ImagInée.
19:15 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
10.02.2008
Nu
Sans savoir pourquoi, voilà que je cherchais son nu.
A l'heure du crépuscule, alors que guettaient les mots. Mes yeux cloués au ciel d'après l'orage, les soupçonnant de ne pouvoir s'accrocher à quelque vol de rossignol mauve. Alors que le silence suffisait au don des heures, pour qu'un instant se retranche le temps. Sous les vestiges de la lumière et les accrobaties du ciel : je cherchais son nu.
C'est venu dans un élan, recouvrant la peur, et entrebaillant les portes de l'intime.
Ca vient toujours comme ça, par à coups, la force sous la peau.
Et ma main s'attaquait à la terre comme je m'attaquais à moi. De front. En tête à tête. Une lutte dont chacun ressortirait deux fois vivant.
Et les doigts courraient, géométrisant le désir : circoncolutions du ventre, ligne de la colonne, arabesques des hanches jusqu'au rêve triangulaire, au delà du cadre, après la matière, plus loin que le corps.
Je ne sais quel geste avait placé en moi cette urgence à trouver son nu.
Je ne sais quelle origine.
Puis ce fut trop lisse, trop net, trop parfait pour être femme.
J'avais contourné les invérifiables contours de l'être. Résumé. Moulé. Raté.
Il fallait des cavités, les lieux rugueux de l'âme, le lit dangereux des rivières, la bataille à l'aine des songes.
Du grain, du défaut, de la faille. L'infini au bas de son dos.
Il fallait trouver la beauté de l'être. Comparable à nulle autre. Entamée par le langage. Mouvante en elle même, mobile, affamée.
Ce mystère de derrière l'image, qu'aucun objet, qu'aucun paysage, qu'aucun soleil...
Cet impalpable souffle.
Je cherchais son nu comme je commence à trouver le mien.
19:10 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
09.02.2008
A ne plus voir Laisser revenir
C'est à croire enfoui le manque qu'il creuse son lit. C'est du souvenir vaincu qu'il faut se méfier. L'inaccompli de toute tendresse. C'est du souvenir vaincu que s'épelle le temps, que s'apaise la mort et s'argumentent nos chairs. Un instant pas plus grand que ça. Un millième de terre étreint des océans.
C'est à ne plus penser l'absent qu'il se fait rêve. La danse des vagues, au loin, le son des glissements, soie d'océan. Le silence qui murmure. Comme la caresse d'un écho entre les cuisses des falaises. La trace d'un songe sur le velours des exils.
C'est à laisser venir l'oubli qu'advient l'attente. Le mystère palpitant au bout des horizons. De ses errances entre les brumes, le soleil rapporte le bruit des flots, le ramage blond des déserts, la semance du littoral : poésie de l’écume, bris de large, les fleuves rendus en éclats pour qu’après la pluie, le déluge. Il suffit de fermer les yeux et c’est le récit du port, la sirène des retrouvailles, le calendrier de tes eaux, l’homme au rythme de la mer.
Tu restes la silhouette qui me précède et me suit. L’antre fécond de mon langage.
La terre sans promesse de nos serments. Où la beauté advient sans maître. Où il est permis de rêver sans capituler. Fermer les yeux sans craindre de périr.
Ile à ma mémoire à jamais sauve et debout.
C'est à me croire enfuie que je m'encre.
11:35 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
05.02.2008
La bâtisse du jour
La bâtisse du jour.
Les mamelles du soleil.
L'énigme du sens.
L'au delà des limites.
La colère de mon corps à se recueillir sans toi.
L'écriture.
Le résidu de l'être.
L'irréductible.
La parure de nos actes.
La fierté de nos désirs.
L'empressement de mes murmures à rejoindre tes lèvres.
Le temps empêché des mirages.
L'écorce dépliée des souvenirs.
La souche des âges.
L'ardeur de mes vers à atteindre tes rêves.
L'audace des soupirs et la patience des plaintes.
Etre au fond de l'amour comme les pierres dans la nappe des fleuves.
La bâtisse du jour.
L'au delà de moi.
Monde.
Toi.
Vous.
Mon innombrable exception.
10:20 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
03.02.2008
L'illisible cri
L'écriture est aussi lente à atteindre que soi.
C'est l'authenticité du geste, la plus difficile à refléter.
Ca vous grimpe dans le corps, le lierre des mots.
Et s'enroule autour des murs mnésiques qu'on avait cru détruits, enlisés, trop vieux pour être encore debout.
Et se redresse la bâtisse, la ville en ruines portée au fond de soi, la terre en cendres ressuscitée sable.
Le langage coule, diffus, presque caresse invisible, entre les griffes de l'éphémère. Glissent les mots dans la paume des mondes. Perpétuel sablier des âmes définitives.
Et la poignée d'images qui sue de ma ligne de vie, recrée l'inachevé des soleils disparus.
Le texte vient d'un halètement. La voix intime est saccadée, soupirée.
Le texte vient d'un soupir. La carcasse éteinte cherche le reste de souffle qu'a déposé le vertige d'un silence ancien.
Ecrire. Pour ne pas perdre la trace, l'exil... les chapitres du temps.
L'illisible cri des siècles muets.












