« 2007-12 | Page d'accueil | 2008-02 »

29.01.2008

La douceur des monstres

Monstrum en latin n’est pas difformité, handicap, contre nature. Mais merveille. Chose à monstrare. Désigner. Dévoiler.

Changeons-nous de mémoire ou de langue ?
Sommes-nous partenaires, acolytes, complices ?
Les mots me désignent-ils ce que je vois, ne peux voir ou ne verrai jamais ? M’imposent-ils, démiurges déguisés, la croyance en une réalité aussi diffuse que mon imaginaire est palpable ?
Matérialité d’espaces à jamais fictifs ?

Comment les monstres passent-ils de l’effigie au drame ?
Comment montrer se dissimule-t-il ?

Mots et hommes
Face au monde
Demeurons secourables
Insensés 

Au sens de sans le sens. N’y ayant gagné ni âme ni corps.
Au sens de sans adresse.

Comment le beau devient-il laid ? La merveille reléguée au fond de la grotte. Captive carcasse des mauvais jours.
Comment l’antre du monde se fait-il refuge ou sanctuaire ?

Peur, honte, fierté, pareillement mêlées.
Qualité quantifiable, rang, classes, prédicats, fondamentaux.
Et les mots sont les serviteurs d’une réalité déchue avant qu’étreinte.

Nous sommes cette voix perdue dans le larynx des choses insignifiées.
Son de cloche univoque et transparent.
Immortelle létalité.
Espoir.

ac0ea9e3c869a905e123f3100a1b216e.jpg

26.01.2008

Volées à l'aube

Parce qu'ils portent un regard neuf sur le monde. Comme mon regard, novice, maldadroit, fragile, dans l'objectif.
Parce que ça parle du début. Début de la lumière et de l'histoire. 

c84ca760f3a99707f0b89ce3120b6658.jpg

L'enfance guettant le soleil dans un décors, cent fois plus grand que lui.
L'enfance prête à braver les univers, cent fois plus forte que le monde, l'univers, tous les décors.

e366ffcb4cf9c9ef70a6d657f368825c.jpgL'enfance et ses contrastes. Son rayonnement et sa solitude. Ses cheveux noirs et ses mains blanches. L'enfance, où tout fait déjà boucle. L'ombre avec l'ombre. La lumière avec la lumière. Le corps avec sa silhouette et la portée de sa présence partout dissimulée. Une féminité déjà parsemée dans ses yeux de biche. La naissance d'une pudeur. Et d'un dévoilement.

Le visage de l'enfance, comme et vers la rose. La modestie du don qui va de l'un à l'autre. Le reflet des fleurs aux lèvres des fillettes. Le monde rouge de l'imagination. La féérie d'un visage volé au temps.49c2ad9b158fbdce7a84a41c71abe097.jpg
L'enfance qui questionne le ciel, pour savoir si les roses seront toujours roses. L'aurore métaphysique. Les préfixes d'un langage de la finitude, de l'errance et de la quête.

 

L'enfance qui n'arrive pas à se cacher, derrière mains si petites, et innocence si grande. Le regard sans masque, la prunelle claire. Et le soleil, diffus, ébloui par la beauté du visage.
Les mains qui agrippent le monde. Et serrent la lumière dans leurs paumes.
Ainsi font les marionnettes et les petits garçons.

55cfe45b8cbedb150e65017d42d8a4bc.jpg

Les âges de la vie qui marchent, main dans la main, vers l'horizon. Les mêmes couleurs, le même chemin, le même ciel. Comme des arbres, se mêlent à la terre, et laissent leur empreinte dans les paysages.

Parce que c'est vous, parce que c'est moi, parce que quiconque, peu importe, parce que c'est nous.
Parce que c'est eux.
Parce que j'avais envie de photographier l'aube...

3b29603ebf4ac25eeb432cd95f234bac.jpg

20.01.2008

Les reliures de l'être

L'être s'écrit comme il peut
Le doute pour substance
        La matière
        L'écorce 
Le corps des illusions


Chaque jour naissant
La trace semée dans le ciel
        Couve
Un peuple d'oiseaux
Qui formulent nos ans
        Epaves
        Invincibles enfants


Les arbres se sont courbés,
Puis relevés
        Nous devrons résister
Ou vieillir,
Doucement sans que ne tremble
                  L'éternel
Le monde dilué de nos solitudes
                 Calmement,
                 Sans que ne souffrent nos chairs


Nous en sommes là de l'errance,
A chercher des traces palpables
D’existence

 

L'être s'écrit comme il peut
Avec ses silences dans l'âme
        Ratures au souvenir
Et jours virgules,
Dans la grande parenthèse du monde,

 

  L’être s’écrit comme il peut
        Latent, épuisé, invincible
Et il allaite ses désirs au sein de l'Attente
Et il germe entre les pierres usées d’autres hommes
        Entre les reliures de l'être 

 

be202ff0c0fc474841be080d99d2953b.jpg

18.01.2008

Au dessus du murmure


En aurons-nous bientôt fini de flécher nos désirs 

Il est des jours où cette société de libéraux psychotiques me ronge

Me lime, m’érode

 

Je veux aller

Non sans risque,

Main dans la main mon manque et moi,

Ma pauvreté

Comme vont les amants

Et les rêveurs

 

e37b22b80222d12650a1fe997b72f108.jpg
efd05961caa982f9ce9b1ae6dc01bf24.jpg

L'homme qui écoutait à l'oreille des couleurs

fb61fa505bc72dd068b77ed3b60f624a.jpg


C'est une peinture qui ne nous donne que le jaillissement, le geste, la pudeur.
La couleur attend son regard pour prendre forme. Pour prendre corps.
C'est une oeuvre profondément humaine qui ne saurait se suffire d’elle-même et de son soliloque.
Une oeuvre encrée dans le partage, et qui se réalise en atteignant l'autre.

C'est une peinture de tous les continents et de tous les exils. L'orée d'un chemin universel. Pulpe du genre humain.
Sans plus de propriété que de patrie. Le lieu sans lieu de la liberté.
C'est une peinture de toutes les origines. D'une terre primaire unanimement convoitée.

Car il n'est pas homme à imposer. Il suggère. Il invite. Il formule. L'ultime inconnue d'une éternelle équation.
Pas un imposteur. Pas un maître à penser.
Non, un témoin de son regard.
Un monde à part parmi les plus émouvants.
Irruption diluvienne.
Songe pris sur le fait.
Sidération.

C'est une peinture sans âge. De toutes les attentes, de toutes les matières. Du sang, des chairs, des larmes et des océans. De tous les balbutiements.
Où la couleur cherche sa transparence. Ce point où la parole de l'oeuvre se confond avec le silence du monde.
Cette bonté des hypothèses, que l'on appelle Et si la beauté...

12.01.2008

Nous, nous nous taisons...


Quand grondent les couleurs de l'aube, et retentit le vent entre les clochers de leurs croyances...
Quand se dessine la coulée du soleil et s'amortit le jour.
Pour l'errance, et la modestie des minutes qui ont précédé l'oubli...
Pour l'humilité des gestes et l'orgueil des rêves...
Nous, nous nous taisons.
Nous n'avons rien contre demain, de là à y croire, il eût fallut ignorer l'histoire.
Nous sommes nés de la candeur des soupirs.
De cette pâleur du silence, qui précède les opéras.

Nous nous taisons, pour l'acte fragile.
Pour cette perle d'huitre que les hommes terrent au fond de leur être. Pour l'abîme discret qui fait le gouffre sans fond de nos pupilles, le cercle lumineux de nos contrastes.
Nous nous taisons pour rendre hommage à nos enfances. Dans des vers, sous l'oreiller de la nuit, devant la mer, sur quelque page de l'absence, nous nous invitons au chevet des balbutiements, aux sommets de nos marelles, à la promesse des étoiles.
Mais sans doute, n'en avons nous pas eût pour la poursuivre comme des assoiffés.

Nous nous taisons à demeure et vers l'exil.Comme parlent les amoureux. Pour plonger nos mains dans l'argile du silence. Plus loin que le silence, c'est l'infini. Plus loin que moi, c'est toi.
Le chemin qui creuse la saison aphasique de l'être découvre des continents oubliés, des îles perdues.
Nous renaissons du frisson de nos traces.

Nous nous taisons pour créer ce territoire échappé des hommes. Cette page inécrite des livres. Ciel évaporé. Soif renaissant de son puits.
Nous nous taisons parce que nous partons de la défaite d'écrire.
Nos mots viennent de leur impuissance à être mots.
L'oeuvre d'art est l'insondable d'un souffle. Le geste impossible. La torpeur interdite.
Si nous avions conscience d'écrire, sans doute n'aurions nous plus ce mouvement vers l'acte.
Cet entrain adolescent à voir tout horizon probable, toute chose permise.
Cette main fébrile. Encline à concevoir son propre éparpillement.
A imaginer, sans cesse, la scène de son désacrement.
Nous créons parce que nous savons que jamais nous ne saurons écrire.
Une voie sans issue, passeuse d'idéaux.
Désir réengendré désir.
Sanctifié par tes lèvres.
Fin des cycles.
Un homme vaut un homme.
Rien qui ne s'ajoute ou se retire...

Nous, nous nous taisons...

 c8aad244ccfe0771f212f5592499b379.jpg

06.01.2008

Les contours du silence

3a8f510ea6cff617399ab456d1acfecf.jpg


Les cimes valsent avec leurs ombres. La pluie s’engendre et soulève un mouvement où toute beauté fugitive, fixe un instant sans plus de passé que d’avenir. Le vent redéfinit les contours du silence.
Les cimes guinchent avec leurs doutes comme nos révoltes avec leurs espoirs. La fragilité dehors, l’orgueil des tempêtes et les sarcasmes du typhon, fortifient l’homme du dedans.

Le vent redéfinit les contours du silence.
Et le silence taille les haies de nos solitudes.
Les arbres dansent et fouettent la nuit.
Et l’homme, derrière sa vitre, dépose ses combats entre les bras levés des peupliers.

Le vent redéfinit les contours du silence. L’ouragan creuse le crachin des heures blanches. Et rend toute peur mobile. Tout ennui léger. Toute faiblesse allégorique.
Il faut à cette nuit sans lune, une poésie sans ornement. Brute comme l’averse. Glissant des ténèbres aux rigoles argentées de l’humanité. La chute d’un langage sur un territoire perdu d’avance. Aussitôt reconquis. Don des espaces familiers.

Au terme de l’émeute, l’aube se redresse.
Un ciel inanimé que viennent dégeler quelques oiseaux.
Le silence, sibyllin mutisme aux lèvres des paysages, confond les courbes du monde.
Un jour plus obscur que sa nuit est en train de ciseler son mystère.

La poésie est dans le silence qui la suit.

03.01.2008

Le sursis d'une autre attente


Ne quittons-nous donc jamais les terres du souvenir ?
Sommes nous mis à demeure de revivre la peau sablée des frissons de jadis ?
L’aube des ressentis ?

Suffit-il de fermer les yeux pour que n’aie plus lieu le temps ? Pour que n’aient plus cours les deuils ?
A certaines heures pâles de la nuit, les mots déterrent les disparus, donnent le vertige aux morts, et creusent le limon jusqu’au monde dépeuplé qui nous a fondé.

Suffire n’est pas humain, et le geste du contentement, sans cesse naît d’un souffle décuplé. Ce qu’il faut descendre en soi pour atteindre la voix… Ce qu’il faut ôter de pelletées de brumes et de surfaces de regrets. Ce qu’il faut faire de silence pour retrouver le calme élan des océans, le gîte de nos amours perdus et la toile des ciels de nacre… la tendre torpeur des îles.

Suffit-il que ma main s’empare de son manque, glisse sur le papier, comme l’écume dans ma mémoire pour que renaissent mes territoires quittés, mes paroles abandonnées ?

Quand mon silence rejoint mes actes et que mes mots ont une lèvre à atteindre, je sens poindre, la bonté de mes illusions. Les doigts parcourent leur fragillité, dans le huis clos d’imaginaire, à la rescousse d’un autre hier.
Ecrire comme être neuve en terre de souvenir.
Ecrire pour caresser la peau sablée des frissons de jadis.
Recréer l’aube des ressentis.
Ecrire pour passer au sursis d’une autre attente.

 

035c88dc4bc2e6c661dfca926cb0bc86.jpg

 

01.01.2008

Destin

" Si le destin est cet élan qui, provenu d’un autre lieu du monde que de soi, s’empare d’un être pour l’attirer à sa suite, sans qu’il en comprenne à aucun moment la nature, alors elle avait un destin. Elle en était consciente. Elle se dit : « Je ne sais pas où je vais mais j’y cours avec détermination. Quelque chose me manque où je sens que je vais aimer m’égarer. » 

 

Pascal Quignard, Villa Amalia p.109
48fa19441ee4630aea6358f1a40c00bc.jpg

Toutes les notes