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28.11.2007

Le nu d'écrire

Le nu d'écrire
a froid quand le ciel sue
a chaud quand le jour s'use
tremble vacille
chandelle du corps mis à part
sa lumière

Le nu d'écrire
entretient son mystère
comme on dépoussière un autel
où les dieux se seraient trahis
et l'homme, révélé
à sa durée
de cire


Je laisse l’attente aller là où le perdu l’espère…

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24.11.2007

Fenêtre

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Par la fenêtre, toute la journée, la pluie en guirlande sur les arbres dénudés. Un collier de perles autour de la nuque rouge de l'automne.
En fines verticales, la chute du désastre, le ciel en pointillés.
On dirait que la musique du monde cherche sa ronde...

Par la fenêtre, une rose déshabillée, un corps d'épine et d'écorce pâle. Une femme nue, recroquevillée, une princesse de pluie.
Au second plan, un toit pour loger les oiseaux. Au second plan, l'enfance, l'errance. La main qui protège la précarité des moineaux.
Faites au passage, qu'on ne vieillisse pas comme les roses de l'automne...

Par la fenêtre, ma fièvre qui s'évade, et mes muscles inertes. Souffle immense de vie, pourtant. Je ne détruis pas, je garde, je n’absorbe pas, je conserve. Plus désirante que cannibale. Je ne séduis pas, j’observe. Et si quelques uns y voient une douceur, c’est qu’elle est d’abord inscrite dans le texte du ciel.

Continuer d’être vivant A ce qui nous fera mourir…

 

21.11.2007

Si demain

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Et si demain c'était toi...
La nuit semblerait longue jusqu'à ta certitude.
Les heures palpiteraient au pouls de mon insomnie, creusant le temps jusqu'aux portes de la nuit. Je fortifierais mes os pour qu'ils ne tremblent pas trop de te revoir. Je bâtirais dans l'urgence un langage qui ne vacille pas comme ma poésie, je choisirais des mots de femme forte, j'abandonnerais l'oiseau fragile de mes lèvres. J'éduquerais mon corps à ton regard. J'apprivoiserais ces années de deuil pour renaître à mon histoire, comme on résilie les désastres en recréant leurs ombres. Je ferais peau neuve des anciens pleurs, page vierge des vieilles rancoeurs.
Nous aurions l'âge de nos métamorphoses.

Et si demain c'était toi...
La nuit semblerait longue jusqu’à ta promesse.
Nous renouerions nos belles ignorances, ces incertitudes de jeunesse... avant que la lucidité ne nous ploie. Nous épouserions l'inaccompli comme les artistes épousent l'inachevé. Nous ferions de nos peurs des confettis, de nos désirs des arcs en ciel qui s'échapperaient du dessin, qui se poursuivraient dans l'au-delà des cadres, dans d'au-delà des pages. Harnachée à ton regard, je te rapporterai de ces années de silence, la voix des renaissances.
Nous aurions l'âge de nos retards.

Et si demain c'était toi...
Evidemment, j'apparaîtrais en ruines. Tout ce que la nuit aura bâti d'assurances s'effondrera. Je serai immédiate, nue, pauvre et vaincue. Tu verras mes failles et mes fissures, le désert pâle installé depuis toi sous la dentelle des jours.
Tu sentiras le poids des mots, la lourdeur de l'encre sous ma peau... Ma quête, filée comme la soie des bas...
Tu sauras le sombre, l'espoir, le nivellement de l'absence, les ravins d'amours perdues installés sous mes yeux, les rêves suppliés, le renoncement des dieux.
Tu sauras la silhouette des mers bues en solitaire, le flacon vidé de  mon avenir, le souffle asthmatique de ces nuits blanches passées à décliner ce et si demain c'était toi...

Evidemment, j'aurais l'âge de mon attente.

18.11.2007

Silhouettes

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L'ombre d'hier
abat ses peupliers
et tranche l'écorce
d'aujourd'hui

A la commissure des lèvres
un presqu'enfantement
un premier cri, une résonnance
l'écho dans le couloir
de la maternité des mots

Diffuses,
les silhouettes du langage
les chairs frôlées dans ma salive
et leur lumière en allée
emprunte aux fous
leur belle liberté
le corps serti de ma dérive

N'être plus rien que cet exil
la voix du sable et le
tranchant des couteaux
portés par l'écume
sur la lame des îles.

16.11.2007

Vers l'au-delà de nos lucarnes

 

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                    - Comment les hommes font-ils pour ne pas battre en retraite devant leurs vies ? -

Une chambre blanche au milieu de l’hiver.
Une fenêtre vide d’où regarder passer le monde, dernier hôtel, ultime escale.
Les sanglots de l’homme fou qui cherchent à perte, l’origine,
Le ventre, la mère
Nous serons sans visite, sans cocon, sans visage.
Nous serons sans nous.
Souffles dépeuplés.
Steppes orphelines.

                    - Nous n’aurons partagé que notre issue -

Au moment voulu, aurons-nous ne serait-ce que cette fenêtre pour regarder s’engendrer le monde ?
Ne serait-ce qu’une infime persienne sur la lumière du jour ?
Si la vie fut d’agir,
Que la mort soit de contempler !

                    - Les choses tues ne peuvent être oubliées  -

Ce qui pousse à dire est souvent futile au regard de ce qui mène à taire.
A terre.
C’est de silences que sera faite notre mémoire.
De silences entre les choses, les paysages, les jours.
De silences entre les êtres.

Peut-être, pour l’instant, voir le jour plus posément.
Accepter le toucher du monde comme la seule caresse viable.
Rapprocher le seuil des étoiles et couler doucement, comme un soleil d’automne, sur l’horizon
Vers l'au-delà de nos lucarnes.

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10.11.2007

Ces mondes du jour

Un seul jour et tant de mondes.

Celui de l'aube où le rêve n'est pas si loin de la faible lumière étirée par delà l'obscur, comme un corps attardé dans le songe. Elle baille la lumière, elle réveille doucement ses ombres, agrandit délicatement ses arbres, mère porteuse des saisons rouges. A cette heure la matière, lentement mue, retrouve des formes à modeler. Quelque chose d’un monde renaissant à chaque monde.

Celui de l'homme dans l'aube, à la merci de cette lumière. Il court, roule, sillonne, l'homme. Il n'a pas le temps de l'ombre, il n'a pas le temps de la matière. Il occupe ses heures à les brûler. Il habite une époque, une ruelle, une mode. Il ploie sans cueillir les fleurs. Se redresse sans s'évader dans le dessin des nuages.

Celui d'un vieillard au zénith de l'asphalte. Quelques morceaux de solitude inconsolables. Rien qui ne fasse lien. Rien qui ne soude. Seul un jeu cruel qui répand l'image d'histoires d'amour défaites, de pages remplies de vent, de rêves dont on n'atteint pas la hauteur, d'adieux que l'on n'a pas su dire à temps. Au temps. Pourtant, deux bras deux jambes, droite allure. Si seulement l’homme ne boitait pas de toutes ses  vies....

Celui d'une silhouette crépusculaire qui a passé le jour à limer son regard pour le soir venu, tenter de dire. La lumière, une vie en puzzle d'instants. L'être dispersé de tous ses bouts de papiers sur la table d'écriture. Des déchirures qui font le tissu d'imaginaire. Une femme nue à la sérénité bleue, couchée sur un lit de lierre, un livre posé au côté de sa hanche. Une femme qui attend la lumière et la matière jusqu'au jeu cruel de l'asphalte. Et refuse de brûler ce temps quitte à s'y consumer, cire d'écrire.

Les jours ont abrégé leur lumière. Réduit encore un peu plus les heures.
Demain, il faudra se battre contre l'hiver, sa nuit, son condensé, pour faire une place au temps, sans quoi nous mourrons dès l'aube sans nous en apercevoir.
Tant de mondes dans un seul jour...

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02.11.2007

Les mots qu'on aime

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Les mots qu'on aime... on les entend d'abord chanter. Plus que ça. Composer.  Et les absorbant, c'est comme si on se mettait à respirer à voix haute. C'est s'entendre dire le monde, entre les harmoniques entre les silences entre les hommes.

Les phrases trop raides et assurées me lassent. Quand le verbe est intact, l'émotion brisée, muselée. J'aime les corps qui balbutient, les souffles qui hésitent, les êtres qui modèlent leur maladresse comme certains peintres s'exposent sous des traits de monstres. Car nous portons tous en nous des traits de pinceaux inhumains, des touches inavouables. Si l'oeuvre ne les voit pas, elle passe à côté d'elle-même. Tant d'écrivains passent à côté d'eux-mêmes. Plus encore que s'ils n'avaient rien écrit. Ecrire n'est pas un acte, à peine une parole, c'est un pressentiment. Je connais des écrivains qui n'écrivent jamais : des tisseurs de songes, des faiseurs d'allégories, des êtres qui jouent de la harpe avec leurs paysages, qui gravissent avec au fond du ventre la peur du vide toujours plus vive, qui écrivent avec cette page blanche sans cesse plus pâle au bout de leur vie.

Tu écris à la bougie. La nuit t’est bougie. La lumière du jour même t’est bougie, elle entre par tous les pores du texte, elle illumine, elle fonde la couleur des corps. Tu écris comme lui a peint cette jeune fille au turban, en écoutant les ombres de sa féminité, les couleurs que son regard venait souligner.
Tes mots sur fond de néant, touches d’outremer et d’anthracite, ton modèle d’autant plus vivant, que ce qui l’entoure depuis longtemps te quitte.

Tu écris comme si tu n'écrivais pas. Les mots sont là,  sans intention, presque sans nom. La main qui écrit, efface. La main qui écrit fait sa dernière prière en même temps que son premier pas. Sans cesse.
Car écrire sans renaître serait trahir.
Tu écris du coeur, de la place au centre des hémisphères. Puis comme les sillons d'un ricochet, tu gagnes de l'espace, tu conquiers les eaux, une à une, avec la patience d'une libellule. Tu écris du coeur puis tu explores : la cicatrice a cent reflets, l'onde mille destins, tu erres puis tu reviens au cœur, ton port, ta solitude, ta manière d’aimer.
Tu es de ceux-là qui ont accepté de voir avant de lire. Souffrir avant de dire. Exister un peu... avant la nostalgie.


Tu écris comme on écoute l'enfance. L'enfance est une oeuvre sans fin. Une toile sans bord. Le roulis de la vague, l'échancrure que sa main trace, sensuelle, et retrace entre les chateaux de nos vies. Tu sais veiller l'enfant que tu as été. Ecouter ses peurs accueillir sa démesure. Qu'il s'endorme avec toi, quand tu t'autorises à être. Qu'il réinvente à l'amour ce corps précaire et nu des premiers jours.

Tes mots que j'aime... je les entends d'abord chanter. Plus que ça. Composer.  Et les absorbant, c'est comme si je me mettais à respirer à voix haute. C'est m'entendre dire le monde, trouver la tessiture des sentiments, la note bleue d'un silence.

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01.11.2007

Saints ou saufs

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Premier novembre.
Ou quand les vivants  se mettent étrangement à ressembler aux morts. Ou quand les allées des vies se désertent et s'apparentent aux labyrinthes calcaires des cimetières. Heure de couvre feu. Les coeurs aux abris. Les chrysanthèmes au marbre. Ni pluie (trop lyrique) ni soleil (trop ironique). Non couleur du ciel.
Les fleuristes font-ils fortune à la Toussaint avec les perdus ou bien au printemps avec les mères ?

Premier novembre.
Ou quand moi je n'ai pas envie de penser la mort. Plutôt cueillir les pigments de l'automne. Ramasser des échantillons de jaunes et essayer de les placer, maladroits, dans un poème qui ne parlerait à personne, à peine à moi.
Dire Je t'aime aussi pourquoi pas. Quelque chose qui fasse lien. Quelque chose qui fasse palette.
Les couples font-ils plus l'amour à la Toussaint qu'à Noël ?

Premier novembre.
Il faudra lutter aujourd'hui pour ne pas subir les hommes ployés. Lire Audiberti « quand la vague au loin, dit la peine de la galère et du scorpène... ». Il faudra jouer des coudes pour éviter les deuils. Jouer de l'oeil faire la sourde et séduire ce qui, entre la menace du ciel et les grimaces des vivants, trace encore l'horizon charnel de nos tendres galères.
Dire Je t'aime aussi pourquoi pas.

 

 

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