06.11.2009
Rien de lumière

"Il y a toujours une chose qu'on ne jette dans aucun cas. Ce n'est pas nécessairement une chose. Ce peut-être une lumière, une attente, un seul nom. Ce peut être une tache sur un mur, un arbre à la fenêtre ou même une heure particulière du jour. C'est une chose dont on s'éprend sans raison, sans besoin. C'est une fidélité silencieuse à ce qui passe et demeure. C'est un amour taciturne, immobile : il se dépose au fond de l'âme comme au fond d'un creuset. Il y laisse un rien de lumière, une poussière de ciel bleu."
Christian Bobin, La part manquante. p. 57
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31.10.2009
L'aumône du sens
Le poème est un expatrié.
Forcément.
Un cynique dépossédé.
S’il respire c’est d’avoir arrêté son souffle, jusqu’à l’asphyxie du songe primitif dans sa poitrine.
S’il emplit c’est d’être tissé de manques, d’attentes et de révolutions échouées.
S’il encre, c’est qu’il erre, c’est qu’il court, empressé de rejoindre des lieux qui n’existent pas encore.
Empêché de rejoindre ses pas.
S’il demeure c’est d’être déjà mort.
A offrir, nous n’avons que des hypothèses.
Des frissons, des chuchotements, des pages blanches d’amour et des brouillons de ciels.
Des doutes, un par un, disjoints, mêlés, vers la conviction d’être.
L’aumône du sens portée par des milliards de paumes nues,
Fleurs sauvages, pleureuses de deuils sans visages, faiseuses d’anges et de sémaphores.
Frileuses de vivre, empêchées de croire,
De ne rien voir, ouvrant si grands leurs yeux,
Que bruissent en elles, la voix des choses tues.
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18.10.2009
Des racines à l’envol

Il faut quitter les apparences. Ici et ailleurs. Les miroirs, les semblants d’images, les icônes mêlées de brouillard. Il faut que je quitte ces lieux morts de mon être, ces landes du souvenir où s’encre mon déracinement. Vivre les êtres et les mots pour ce qu’ils sont, non pour ce qu’ils font paraître.
Aller à la rencontre comme on vient à la vie : nus, offerts, vierges de tout soupçon.
Chacun son port de tête, sa manière de poser son regard. Moi c’est, dans les nuages, présente à l’appel des oiseaux. Il en est d’autres, les yeux au sol, à mesurer ce que l’humain sème de souvenirs.
Chacun de la même sève, des racines à l’envol de l’être, pour étreindre sa part de monde...
Ce qui nous ronge est l’éternelle misère de nos questions.
Ces lois sans foi. Ces rois sans fous. Ces toi sans moi.
Ces errances au creux de soi, que l’on ne parvient plus à loger.
Ces gens que je suis sensée aider car ils sont sensés être fragiles et qui me semblent parfois tellement plus forts que moi… des êtres qui relèvent chaque jour le défi de vivre… et auxquels je dois donner des métaphores, des paysages et des espoirs.
Des êtres auxquels je me dois de léguer un peu de mon patrimoine d’amour pour qu’ils restaurent leur part de vivre.
L’un d’eux cette semaine, d’une voie claire et sans effet de style, m’a confié « avoir grandi seul, sur les remords du monde, à regarder passer les hommes. »
C’est ainsi me disais-je que doivent mûrir mes mots.
Au plus proche de l’âme démasquée.
Et puis, j’ai beau faire, j’ai beau tenter l’effacement, la fuite, l’imperfection avouée de ce qui bat dans ma poitrine, j’ai beau me maquiller d’indifférence, l’Autre me rejoint malgré moi, à l’étoile qu’il dépose dans mon regard. Cette pâte d’oie, témoin de l’ère de mes amours.
Je suis d’un repli qui te dit Viens…
Sise dans un égarement sans attente. Rêveuse aux ondulations du temps sous les paupières du jour. Egarée, ambulante, fugitive.
Rien qu’un souffle passager,
Seule,
Sur les rebords du monde,
A regarder passer les hommes.
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11.10.2009
Deux heures et des poussières

A constater l'ampleur du vide et du silence... à nous voir manquer, et fléchir, nous abîmer. A éprouver nos attentes jamais comblées, nos espoirs trompés, nos ombres trahies de lumière.
On se demande toujours où ça va, tout ça. Le défilé des heures, pourquoi ? Le germe des crépuscules, comment ? Et avec quelle ration de doutes appréhender l'histoire? Quand nous avons pour provisions, des souvenirs que nous ne savons plus lire et ces quelques sillons semant nos trames au coin des yeux teintés de ciel.
A nous reprendre et à goûter la sève des rencontres qui chaque jour ajoute aux rameaux de nos êtres. A battre de plus en plus vite, à cogner, là au creux de soi, le pouls d'une destinée quand nous n'avons que l'âge de nos hasards.
A nous composer de rêves et d'appas. Quand dans tes yeux, j'ai vu des mirages. Quand à tes lèvres, j'ai tenté l'impossible. Quand tout toi m'éternisait.
Parce qu’il est un moment où le corps de l’autre fait exister le notre un peu plus. Où disant oui à ce rêve on dit oui à tous les rêves du monde. Ceux des errants, ceux des nomades et ceux des désespérés. On s’en souvient. On a frémi, on a tremblé, et puis on a souri. Quelque chose du temps des hommes s’est arrêté.
A murmurer. A écrire. A s’enlacer. A choisir. A s’éprendre. A repenser l’amour : cette part d’âme rescapée de notre solitude.
Deux heures et des poussières.
A contempler la nuit emmêlée de lune, et mes yeux parmi des kyrielles,
A choisir de vivre par utopie.
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04.10.2009
La présence humble
A offrir, nous n’avons que des gestes et des mots.
Des restes de peau et de langage.
Voilà l’infime empire porté au creux des chairs humaines.
Plus près du soleil, le sommet de notre impuissance nous apprendra à respirer plus grand.
L’érosion du ciel rappellera nos plaies.
Rester debout, même abîmé, c’est encore accepter de vivre.
Il n’y a que l’humilité des montagnes, de l’art, ou des océans pour nous consoler de notre insolence.
L’hypothèse poétique pour preuve d’une aventure commune.
L’austère beauté qui nous apprend à mourir sans renoncer.
Nous oeuvrerons de nos faiblesses pour bâtir l’invincible.
Nous reprendrons là où nous les avions oubliées, nos âmes mitoyennes.
(...)
La terre que nous aimons est la même qui nous enfouit.
Réversible désir.
Pour autant rien n’est inconsolable.
Sinon la guerre, sinon la barbarie.
Ce par quoi nous abolissons ce qui nous rassemble.
Avec le meurtre et l’indifférence pour dernière lâchetés.
Pourfendeurs, brigands, assassins de leur propre lignée.
Oublieux du songe qui les a fait naître.
Conquérants d’hier, notables d’aujourd’hui, sciez la branche de votre propre squelette.
Bientôt vous serez sans sève, sans grâce et sans racine.
Possesseurs d’aucune quête.
Et nous vous abandonnerons l’orgueil même de vous en avoir averti…
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28.09.2009
La presque sauve

Et tu restes là, à tourner en rond comme un lion dans la cage de ton absence. Tu voudrais rugir, tu voudrais te cabrer, accrocher tes griffes au voile de la nuit jusqu’à en déchirer le ciel, jusqu’à en déchirer l’histoire.
Il est parti. Un beau soir, il a tourné les talons, claqué la porte et pris le premier train. Il est parti. C’était écrit, mais tu ne voulais pas savoir lire. Dès le premier baiser, il était déjà loin. Muré dans sa mémoire, assiégé, fini, en avance sur la mort. Sourd au pouls qui tremble en chaque chose.
Et tu continues de tourner dans l’éternel retour de sa pénombre. Même l’aube a des allures de nuit, un je ne sais quoi d’insoutenable, une lumière aveuglante, une naissance où il fait déjà froid, une vie qui feint d’être viable. Tu te confonds dans la ressemblance des heures, tu te perds dans la sournoiserie du temps des hommes, tu le sais toi dont les griffes veulent décrocher la lune, que la perte n’a pas de durée, que le manque est sans horloge.
Pourtant, il était là, chaque heure de chaque jour, quelques centaines de semaines, et milliers de tours de cadrans, à t’attendre ou te rejoindre quelque part, à tracer ensemble quelque chose d’un chemin. Et soudain, plus rien, pas une voix, pas un souffle, pas une empreinte, plus un coin de ciel où se retrouver
Tu voudrais sortir, faire la femme forte, la fière, l’invincible, tu voudrais pleurer un bon coup et sauter sur l’élan de libertés qui s’offre à toi, effleurer ces gens qui s’accolent quand ils sentent la douleur proche, ces gens qui flairent votre manque comme de vieux chiens leur os…
Mais tu restes là, à lui parler en rond, vingt fois par jour, tu lui adresses des lettres, des mots, des paroles, tout l’indéchiffrable de ton silence. Tu lui parles, comme avant… un avant qu’il a a laissé si loin qu’on le dirait enfui depuis des siècles, mais un avant qui n’est qu’un avant-hier…
Comment peut-on écrouler ainsi un monde, prêtant au labeur les mains dont le but était de le bâtir?
Et partout l’absence a semé les traces de sa constance. Empêchant la jachère des songes où tu voudrais l’oublier. Ces verres dans l’évier que tu laisses comme des preuves… ces verres encore marqués de ses doigts, ces verres encore écrits de ses lèvres. Sa valise, son rasoir, son pardessus râpé, ses disques, ses mégots ressuscités sous la caresse de tes doigts.
Tous ces témoins de vous par lesquels tu respires… Et espère encore continuer de vivre.
Archéologue du manque, tu te jettes à corps perdu dans tous les gouffres de l’absence et t’accroches au vide jusqu'à explorer les moindres recoins de ses insuffisances.
Tu cherches… dans les draps, le pli oublié de vos étreintes ; sous tes paupières le chant exilé de son rire, sur ta peau l’empreinte pourpre de son parfum.
Et tu commences à comprendre, dans tes pas qui tournent, dans tes souvenirs en rond, que l’amour est sans visage, que l’histoire survit aux êtres, que ça n’était qu’étoile, quand tu lui sacrifiais planète…
Dont la lumière elle, est sans absence, ni talons tournés, ni porte claquée, ni crépuscule.
Ta planète.
Et je suis là, inapte à apaiser ta peur.
Et dans ton attente, et dans ton chagrin, me retrouve, intacte,
A te pleurer comme si c’était hier,
Comme si c’était à n’en plus finir,
Comme si c’était à n’en plus vieillir,
Nous deux.
A ma petite feuille du suet.
06:18 Publié dans Murmures | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note


